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"L'humanité est devenue assez étrangère à elle-même pour réussir à vivre sa propre destruction comme une jouissance esthétique de premier ordre", Walter Benjamin dans "Essais"
Jeudi 20 mars 2008

SUR L’ATTITUDE DE L’ADMINISTRATION


Au cours de toute la mobilisation, l’administration a fait preuve d’hostilité à l’égard de nos revendications. Elle s’est positionnée de fait contre le blocage, mais également en faveur de la loi LRU. Si nous avons toujours contesté le vote administratif tout en le laissant s’effectuer, c’est parce qu’il est un moyen pour l’administration de nous déposséder de notre lutte, mais qu’il reste néanmoins une façon de se légitimer vis-à-vis de l’opinion. Il y a là une complaisance de notre part qui n’est pas sans évoquer le confort de l’inertie dont nous parlions un peu plus haut. Déléguer l’organisation de ce vote à l’administration ne pose pas un souci de régularité du vote, mais un souci démocratique réel. En effet le résultat d’un vote organisé sans débat au préalable s’apparente à un sondage : rien à assumer, rien à comprendre, cochez une case et allez vous-en le plus vite possible. Ainsi le lien entre la réalité et ce que l’on voudrait faire passer pour de la politique est aisément tranché, tout n’est plus affaire que de « ressenti » - comprenez préjugés. Le vote en AG permet de s’assurer que celui qui vote a assisté aux débats et eu ainsi l’occasion de mettre en perspective les différents avis exprimés. Si le vote administratif a été remis en cause ce lundi 3 décembre, c’est parce que nous avons décidé de ne pas jouer plus longtemps le jeu de l’opinion majoritaire qui est presque toujours réactionnaire et opposée à la contestation de l’ordre établi (en clair : elle n’aime pas être dérangée dans son quotidien et ses habitudes).


C’est également en réaction à l’attitude inacceptable de l’administration depuis le début de ce mouvement : le président de Lille 3, Monsieur Dupas, ne s’est jamais réellement soucié de l’opinion de ses étudiants. Il est venu dans l’AG du 12 novembre exposer son opinion, avec comme seule argumentation de nous accuser de mensonge, avant de quitter aussitôt l’amphithéâtre sans même prendre le temps d’écouter ses contradicteurs. Au-delà de cette erreur révélatrice, lui et son administration n’ont cessé de publier sur l’accueil du site de l’université leurs propres communiqués, ainsi que les communiqués allant dans leur sens, c’est-à-dire hostiles au blocage. C’est notamment le cas du communiqué de 12 présidents d’UFR (abusivement intitulé « communiqué des directeurs d’UFR ») paru le 20 novembre. A la suite de ce communiqué, qui n’a pas été fait avec un franc consentement de tous ses signataires, ont eu lieu trois démentis d’enseignants qui ne sont jamais parus sur l’accueil du site et que voici :


25 novembre :


Communiqué

La position des directeurs d’UFR de Lille3 n’engage pas les enseignants et le personnel de chaque UFR, lesquels n’ont pas été consultés avant la publication du communiqué. Leur communiqué joue sur le mélange des registres, en apportant d’une part des informations aux étudiants sur les conséquences possibles du mouvement, et d’autre part en prenant une position politique à son encontre. Ses auteurs glissent ainsi d’une autorité administrative à une autorité « morale ». Ils s’autorisent à ramener le mouvement contre la LRU à un « sentiment de colère ».


Nous nous désolidarisons donc de ce communiqué.


Des enseignants, des chercheurs, des enseignants-chercheurs ;


Premiers signataires :

Vincent Caradec, ISAS, UFR des sciences de l’éducation, Paula Cossart, UFR des sciences historiques, Milena Doytcheva, UFR de philosophie, Armelle Giglio-Jacquemot, UFR IDIST Laurence Le Douarin, UFR IDIST, Frédéric Louchart, chargé de cours, anthropologie, Ségolène Petite, UFR IDIST, Nicole Pinet, UFR MSES Jean Luc Simon, ISAS, UFR des sciences de l’éducation Vanessa Stettinger, ISAS, UFR des sciences de l’éducation Fabien Torre, UFR IDIST Jean-François Véran, Institut Universitaire de Technologie "B", Dominique Vidal, UFR des sciences historiques,


26 novembre :


Les signataires de ce texte, enseignants de l’UFR de Lettres modernes qui n’ont pas signé l’appel à la levée du blocage lancé par plusieurs de leurs collègues, tiennent à préciser ici deux choses : cela ne signifie pas qu’ils sont automatiquement, inconditionnellement partisans dudit blocage ; cela ne signifie pas non plus qu’ils sont opposés à toute réforme de l’Université.


Ils pensent évidemment, comme leurs collègues, que le blocage “pénalise gravement les étudiants” — et pas seulement, ajoutent-ils, parce que ceux-ci pourraient voir leur semestre non validé.


En revanche, ils pensent, avec les étudiants mobilisés et comme eux, que l’action qu’ils mènent en ce moment est “politique” en effet (ils pensent donc aussi comme Valérie Pécresse, mais ne donnent évidemment pas au mot le même sens qu’elle). Et pensent aussi, comme et avec eux, que cette loi est une menace pour l’Université, pour au moins deux raisons essentielles, déjà évoquées ici et là :


- la première est la concentration des pouvoirs dans les mains du Président et de personnes par lui choisies, étendant au-delà de l’acceptable un pouvoir qui était déjà très important (voir, au sujet de l’état de fait d’ores et déjà existant, l’article du Monde daté du 20 novembre, signé par quelques enseignants de Paris VIII) ;


- la deuxième est la question de la “professionnalisation” : l’Université n’a pas pour vocation, on ne le répétera jamais assez, de former à un métier ; elle peut, par la formation intellectuelle qu’elle donne, favoriser la recherche d’un emploi et, plus largement, un épanouissement personnel révélant des aptitudes à exercer de multiples activités dans la société, et pas seulement dans le monde marchand. Les signataires de cette lettre considèrent qu’il y a dans cette loi des éléments qui risquent de marginaliser encore davantage, voire de faire disparaître à terme, certaines disciplines — notamment celles qui aident (qui donnent) à penser.


Françoise Asso, Nathalie Barberger, Frédéric Briot, Jean-Max Colard


27 novembre :


Compte tenu de l’opposition d’une partie significative de la communauté universitaire à la loi "L.R.U.", l’Assemblée générale des personnels de l’UFR Lettres modernes de l’Université Charles de Gaulle –Lille 3 demande au gouvernement de suspendre immédiatement le calendrier d’application de la loi, et notamment celui de l’élection des nouveaux conseils dans les universités. Elle demande également que s’ouvre une vaste concertation avec l’ensemble de la communauté universitaire.


De plus, alors qu’au cours de deux AG successives nous avons voté majoritairement en faveur de la participation des personnels et enseignants aux votes sur la question du blocage, l’administration n’a pas daigné y convenir. Il nous apparaissait pourtant élémentaire, quand bien même aucune demande collective n’ait été formulée de leur part en ce sens, que les personnels et enseignants puissent participer à titre individuel à ce vote, car ils sont autant que nous concernés par les évolutions qu’induit la réforme des universités.


Enfin, l’attitude de Monsieur Dupas et de son administration à l’issue du vote du lundi 3 décembre n’a encore pas été exemplaire. L’AG ayant voté majoritairement pour la non prise en compte du vote administratif, deux votes ont eu lieu simultanément, rien n’empêchant les étudiants d’aller voter successivement à l’un et à l’autre, ce qui rend le cumul des résultats impossible. La réaction la plus logique de notre président aurait dû être, soit de considérer le vote de l’AG (à l’aide de portique et non à main levée) comme souverain, ou alors de déclarer les deux votes caducs. Mais celui-ci a préféré considérer le sien comme représentatif et a dés lors décidé que l’université serait débloquée.


Finalement, un communiqué invitant les étudiants et les enseignants à se rendre à leurs UFR ce mercredi 5 décembre n’a eu pour seul résultat que de faire se déplacer des centaines d’étudiants pour rien, alors que leurs propres enseignants n’étaient pas informés de la situation et que rien n’était prévu dans les faits pour "envisager les conditions de la poursuite et de la validation du semestre" comme ce communiqué l’annonçait. Le but était-il d’amener bloqueurs et anti-bloqueurs à la confrontation ? Le même jour, monsieur Dupas a décidé unilatéralement comme il l’a toujours fait, la reprise des cours pour le jeudi 6 décembre…


Les jeudi 13 et vendredi 14, la mauvaise gestion de la crise par Monsieur Dupas a été couronnée par l’intervention toujours musclée des forces de police sur le campus universitaire. Les CRS sont donc venus pour ranger les tables qui avaient été entassées, pour démonter les barricades dérisoires qui pendant un mois ont donné une dimension à notre lutte et ont suscité chez nos détracteurs un mépris sans commune mesure. Non contents de profiter de l’absence des étudiants mobilisés, qui étaient alors en manifestation dans le centre-ville, le président de l’université et son allié policier ont transformé durant 24 heures le campus en caserne, suscitant de fortes tensions et semant le trouble au sein de l’université. Au retour des étudiants mobilisés, il a été fait comme toujours usage de la force, de façon unilatérale : l’utilisation du gaz et des matraques sur le domaine universitaire est pour nous la plus grande insulte faite à une institution censée garantir l’expression libre et le savoir. Sans compter que cet usage de la violence a été dirigé de façon irréfléchie également contre des personnes non impliquées, notamment un enseignant et des étudiants quittant la bibliothèque universitaire. Les forces de police sont ensuite intervenues jusqu’au milieu du quartier Pont-de-Bois, dépassant leur mandat, et effrayant une grande partie de ses habitants surpris par cette violence alors qu’ils vaquaient à leurs occupations quotidiennes. Des lycéens ont été ainsi bousculés alors qu’ils quittaient le lycée Queneau. Cette violence banalisée par l’omniprésence policière est à condamner fermement si nous ne souhaitons pas qu’elle devienne quotidienne. C’est pour cette raison que nous jugeons l’attitude de monsieur Dupas irresponsable et sa démission d’utilité publique. Aucune force de police ne doit pouvoir intervenir sur le campus sans motif criminel : la gestion du blocage ne nécessitait pas l’intervention des CRS, n’ayant aucunement donné lieu à des violences, des menaces physiques ou des dégradations volontaires. Ordonner ce genre d’opération belliqueuse, c’est légitimer la violence émanant du système et renoncer définitivement au dialogue et à la recherche de solutions diplomatiques.


A l’issue de la journée de vendredi, le président a jugé bon néanmoins de faire retirer la trentaine de véhicules de police et leurs occupants, ayant sans doute pris conscience qu’il s’agissait d’une forme de déclaration de guerre faite à des étudiants qui avaient jusque là évité de recourir à la violence pour défendre leurs droits, mais qui au vu de la situation de tension, étaient prêts à soutenir un éventuel assaut des CRS par tous les moyens en leur possession. Dans un système qui fait violence à la population quotidiennement par l’intermédiaire des licenciements, du chômage et de la précarité, un grand nombre de personnes conscientes ont atteint un degré de colère dont les soupapes associatives seules empêchent encore l’explosion. L’augmentation des moyens répressifs, l’incapacité d’écoute, de dialogue réel et de compromis de la part des gouvernements, sont autant de vecteurs de cette explosion que nous craignons - et espérons - pour les années à venir. L’intervention des CRS à Lille 3 et sur de nombreux autres campus universitaires n’est qu’une nouvelle attaque contre les revendications légitimes d’une large frange de la population face à la dérive liberticide du néo-libéralisme. Elle est tout simplement inadmissible.


SUR LE CONFORT, LE SENTIMENT D’URGENCE ET LES EXAMENS


A beaucoup de points de vue, il peut sembler facile de se mobiliser lorsqu’on est étudiant. Lors d’un blocage d’université, l’administration dispose d’assez peu de moyens de pression à court terme pour faire plier les grévistes. D’une part elle ne nous paie pas ; d’autre part, la nature du travail universitaire fait qu’il peut être assez facilement rattrapé - du moins par ceux qui possèdent les acquis culturels et les croyances sociales leur permettant de répondre aux attentes de la faculté.


Mais cette facilité est en fait le principal point faible des mouvements étudiants. D’abord parce que la mobilisation a tôt fait d’être vécue comme un jeu sans grande conséquence. A risques négligeables, investissement relatif : on ne s’étonnera pas que les grèves de salariés soient à la fois plus dures et plus courtes. Ensuite parce que le principal rouage hiérarchique auquel sont confrontés les grévistes, la cible principale du mouvement et son principal ennemi, l’administration, a pour principale alternative à l’appel aux forces de l’ordre de louvoyer tant bien que mal, d’adopter une attitude tantôt menaçante tantôt caressante en espérant que le mouvement meure de lui-même. On pourrait croire que cet état de fait favorise l’expansion des mouvements, mais il s’agit encore une fois d’une facilité qui masque un point faible plus important. De la même façon qu’à l’aïkido, au moins l’adversaire met de force dans son attaque, au plus il est difficile de la retourner contre lui. Quitter la défensive et se réapproprier le noble art du "coup de poing dans la gueule" serait sans doute une solution. Mais c’est justement à l’heure de passer à l’offensive que le mouvement, sommé de compter sur ses propres ressources, se retrouve face à ses contradictions et retombe dans l’inertie. D’un côté, les militants spécialistes, principalement concernés par leur propre reproduction et dont l’intérêt est que le jeu institutionnel se maintienne en l’état (Hardi camarades, allons dénoncer ce scandale au CA !). De l’autre, les spectateurs bien pensants qui se laissent tranquillement bercer par les AG hebdomadaires. Entre les deux, une ligne de crête potentiellement subversive mais sur laquelle, l’être humain étant ce qu’il est, il semble difficile de se maintenir plus de quelques jours. Chacun, au final, cherche son propre confort.


Il est peu coûteux, peu dangereux de s’investir dans un mouvement tel que celui qui se déroule actuellement à Lille 3. Il est d’ailleurs notable que la plupart des grévistes ne veulent pas mettre leur cursus en danger. On peut bien bloquer la fac, mais seulement si elle nous décerne nos diplômes malgré tout. Voilà longtemps que nous nous sommes faits à l’idée que les luttes universitaires peuvent ne léser personne. Elles le peuvent, oui, mais à la condition qu’on n’en obtienne rien non plus. Le souci est que nous devenons complètement incapables de concevoir un mouvement qui déborde du semestre : l’actualité politique est entièrement subordonnée au calendrier universitaire, qui n’est pas exactement fait pour faciliter les luttes. Merci les contrôles continus. Ainsi la principale force des mouvements étudiants, avoir le temps pour soi, est neutralisée, rangée dans des petits casiers stériles - l’ouverture et la fermeture des hostilités se feront à date fixe. Cela réduit d’autant plus la portée subversive de ces mouvements que, si les examens sont systématiquement maintenus, la principale fonction de l’institution universitaire, à savoir la reproduction des classes sociales, n’est jamais perturbée.


Les examens permettent de distiller un sentiment d’urgence dans la tête de la plupart des membres de la communauté universitaire. Mais il ne s’agit pas là d’une spécificité. Ce sentiment se retrouve à de nombreux niveaux, en premier lieu chez ceux qui ont l’habitude de se considérer, tout en s’en défendant avec énergie, comme le noyau dur de la contestation : au moment où l’euphorie du vote décidant le blocage immédiat disperse tout le monde à travers le campus et laisse le champ libre aux experts de l’AG qui savent, eux, qu’il faut rester concentré jusqu’au bout (c’est comme ça qu’on se retrouve avec un vote administratif sur les bras) ; au moment où le mouvement commence à s’essouffler, qu’il y a beaucoup de choses à gérer, qu’il faudrait le faire absolument tout de suite, mais que personne ne s’en occupe, qu’on n’a pas eu le temps d’en parler en AG… Au plus une tâche est urgente et fastidieuse, au moins on a de scrupules à ne pas s’en soucier : « si ce n’est pas fait ce n’est pas de ma faute mais parce que le mouvement est foireux ». Et ça, qu’un mouvement soit foireux, ça présente un avantage certain : c’est que ce sera toujours de la faute des autres, de ceux qui n’ont pas compris comment on faisait de la politique… Encore l’inertie. Il faut bien avouer qu’elle et le sentiment d’urgence se marient à ravir : « je n’ai pas le temps donc je ne fais rien ».


Pourtant, ce ne devrait pas être si difficile que ça, de prendre son temps. Il pourrait même s’agir de notre principale ressource. Nous voulons proposer ici quelques pistes de réflexion et propositions pratiques, tout en gardant à l’esprit que, partie prenante de la lutte et de sa stagnation, notre avis est bien relatif.


- Arrêter les manifs à répétition, qui pompent l’énergie de toute le monde, occupent des après-midi entiers, vident la fac avec pour seul résultat de faire croire à certains que cela influera sur le discours des médias et à d’autres qu’ils établissent un rapport de force dans la rue en jetant des canettes sur les CRS et en se faisant courser par la BAC.


- Se calmer aussi avec la coordination nationale. Le rapport de force doit commencer par être mis en place localement. Sans cela, la coordination n’est qu’une coquille vide ayant pour seul objet de faire de la concurrence à Julliard sur le tableau médiatique (tableau sur lequel, on ne le répétera jamais assez, on ne peut que perdre).


- Plus généralement, se méfier des méthodes canoniques des luttes étudiantes, d’autant qu’on attend toujours qu’elles fassent leurs preuves.


- Ne plus perdre de temps à voter des principes d’action ou de commission en AG sans se soucier de leur hypothétique réalisation. Si quelqu’un a quelque-chose à proposer, qu’il le propose. Si cette proposition intéresse des gens, qu’ils se manifestent. S’il y a assez de gens pour mener le projet à terme, que l’AG entérine ou s’oppose.


- Se pencher dès le début sur les questions de fond indispensables à la bonne marche du mouvement. Qu’est ce que la LRU et dans quel cadre s’inscrit-elle, soit, mais aussi : qu’est-ce qu’un rapport de force et pourquoi chercher à en instaurer un ? Sur quels alliés pouvons-nous compter dans cette lutte ? Comment pouvons-nous chercher à nous rapprocher d’eux ? Jusqu’où sommes nous prêts à aller et pourquoi ?… Il y a bien eu quelques velléités d’aborder ces problèmes lors des premières AG, mais elles ont rapidement été étouffées par le sentiment d’urgence et les réponses toutes faites des leaders syndicalistes et de leurs homologues freelance. C’est qu’il s’agit là de questions polémiques et que la tactique traditionnelle veut qu’on garde une façade consensuelle le plus longtemps possible afin de ne pas effrayer « l’étudiant lambda ». Ne nous divisons pas aussi rapidement, camarades. Mais le fait est que nous sommes déjà divisés. Et c’est justement des tensions entre les différentes prises de positions, des lignes de démarcation entre les différentes visions du monde, les différents désirs, que se dégage le lieu commun où peut se constituer la lutte. Le consensus n’existe que dans les groupes affinitaires – à l’échelle de l’AG ce n’est rien d’autre que la manifestation d’une domination entrée dans les moeurs.


- Ne pas croire qu’il faille faire un choix entre la théorie et la pratique, entre l’action et la discussion, entre le sérieux et le plaisir…


- Limiter ses activités en nombre de façon à avoir le temps d’en appréhender autant les aspects théoriques que pratiques. Une fois qu’on a passé quelques jours (semaines ?) sur un sujet donné, transmettre les compétences et passer à autre chose.


- Etre plus carré sur l’affichage des comptes rendus et des dates de réunions. Etablir un point d’information permanent à l’entrée de l’amphi EDF. L’absence de tout cela rend difficile l’implication des nouveaux venus et cause en partie l’absence de relève. De plus, s’il n’y a pas d’archivage, savoir ce qui s’est fait il y a deux semaines de cela dans telle ou telle commission oblige à courir après les référents – ceux là même qu’on a incidemment identifiés comme les leaders du mouvement.


- Partir du principe qu’on s’engage dans une lutte de longue haleine, même si au départ on n’y croit qu’à moitié : rappelons-nous que l’injonction à ne pas croire en une transformation de la société est permanente - il faut savoir se défendre contre soi-même. Une lutte sur plusieurs mois implique de se ménager pour ne pas devenir bête de fatigue et physiquement fragile. Elle implique aussi que l’on soit prêts à y souffrir par moments. Si avoir l’Etat comme adversaire est tétanisant, avoir des humains pour alliés ne l’est pas moins.


[suite : http://www.dissidence-nordiste.org/article-17909962.html ]

par Eunous publié dans : Chronique asociale
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