Présentation

Recherche

Toutes mes vidéos...

Syndication

  • Feed RSS 2.0
  • Feed ATOM 1.0
  • Feed RSS 2.0

"L'humanité est devenue assez étrangère à elle-même pour réussir à vivre sa propre destruction comme une jouissance esthétique de premier ordre", Walter Benjamin dans "Essais"
Lundi 21 janvier 2008

Jeudi matin les Compagnies Républicaines de Sécurité s'en sont donné à cœur-joie dans la jungle des afghans. Sans doute remontés contre l'épidémie de gale attrappée au contact des migrants et qui a sévit dans leurs rangs la semaine passée, les flics se sont vengés une nouvelle fois contre les migrants, en déboulant au milieu de leurs cabanes, armés de leurs si chères matraques et de leur ignoble gaz lacrymogène pour réveiller les afghans dans leur sommeil aux alentours de 9 heures. Un afghans nous a raconté comment son fils de 10 ans a été ainsi réveillé avec du gaz dans les yeux et comment d'autres ont été cognés alors qu'ils dormaient encore.


undefined

undefined

Opération de grande envergure oblige, la flicaille est venue dans cinq véhicules, sans doute les mêmes que j'avais déjà photographié, et qu'elle a garée sur la dale qui se trouve au milieu de la jungle. Après avoir raflé la plupart des migrants présents, elle a choisi comme option de brûler absolument toutes leurs cabanes, avec leurs affaires dedans évidemment. Mesure d'hygiène publique diront-ils ? Alors pourquoi n'ont-ils pas brûlé aussi l'hotel de police de Coquelles ?

 
undefined

undefined

undefined

Je suis arrivé le lendemain matin vers midi, m'attendant déjà à trouver la jungle bien changée depuis mon séjour l'été dernier. Déjà en septembre les flics avaient fait tourner quelques buldozers dans la zone histoire de réduire l'espace disponible pour la construction d'abris. Mais là, ils avaient décidé de frapper plus fort : une quinzaine de cabanes ont été incendiées volontairement. Et chose étrange, il semblerait qu'une Compagnie Républicaine de chiens nauséeux les aient accompagnés pour laisser absolument partout sur les restes calcinés des crottes ayant toujours la même consistance et la même couleur. D'abord sans méfiance, j'ai fini par trouver ça drôlement étrange que ces crottes liquides soient systématiquement déposées sur tous les lieux où se trouvaient des cabanes, y compris sur les sentiers, les couvertures, etc. D'autant plus qu'elles n'ont rien d'humaines ces crottes ? Les CRS oseront-ils faire passer les migrants pour des animaux indisciplinés qui chient sur leurs propres affaires ? Non, peut-être pas, mais pour autant je les sens bien capable de donner quelque duritique à leurs cabots renifleurs de camions. J'en veux pour preuve la vidéo et les nombreuses photos prises sur les lieux et bientôt disponible sur le net.

undefined

undefinedundefined 

Tous les repères que j'avais pu prendre l'été dernier et au cours des séjours passés à Calais depuis, ont été chamboulés : ce qu'on appelait le Vietnam et où je m'étais promené plusieurs fois avec mes potes afghans a purement et simplement été anihilé. Il n'en reste que les débris, les décombres, les cendres… Pourtant, les afghans sont toujours là. Ils ont été relâchés après maximum 24 heures et sont revenus pour reconstruire tant bien que mal de nouveaux abris au milieu du no man's land. C'est là que je les ai rencontré vendredi en débarquant à nouveau en ces lieux. Je pose des questions autour du feu, on me raconte les conditions de l'opération policière. Un récit de matraquage supplémentaire, agrémenté d'une sauce encore un peu plus fasciste. Le gaz avait été remis au goût du jour, on avait pris pour habitude de rafler les migrants par groupes entier et de menacer de condamner ceux des français qui aurait la mauvaise idée de leur venir en aide et on avait même remis sur pieds les camps de concentration (pardon, de "rétention"), mais voila qu'on parle d'y enfermer les "métèques" pendant 18 mois et qu'on pratique la politique de la terre brûlée pour les empêcher de s'en sortir… Excusez-moi si je pousse trop loin, mais cela vous choque-t-il si je parle de plan Vichy-pirates ?

 
undefined

undefined

Ca m'a quand même fait très bizarre de voir des troncs calcinés, des cendres et des crottes de chiens à l'endroit où se trouvait la cabane où j'avais dormi cet été avec les afghans. Sans doute suis-je trop sensible…

 

Samedi était un jour étrange. Je me suis d'abord promené dans la jungle avec deux journalistes de métro, après avoir vainement attendu de 6 à 10 heures du matin que la police mène ses basses œuvres dans le coin, puis nous avons rejoint le rassemblement devant le centre de rétention de Coquelles. Contrairement à Lyon où ils étaient 2000, là nous n'étions sans doute pas plus de 150. Des discours, trois banderoles, quelques drapeaux de la CNT, une paire de journalistes et un rang de flics de la PAF au regard méprisant derrière les grilles, voila ce qu'il en était au début. Puis le groupe a fait le tour pour aller voir là où les migrants avaient une chance de nous aperçevoir. Il semblerait que les cellules donnant vers l'extérieur avaient été volontairement vidées, car personne n'était là pour nous voir ou nous entendre. Situation un peu ubuesque que ce petit groupe de militants penchés sur les grilles d'un centre vide, mais pourtant il fallait être là. Derrière la grille, trois agents de la PAF qui esquissent un sourire quand je leur demande si leurs chiens ont encore la chiasse, mais aussi des caméras qui se croisent ou semblent se regarder. Après quelques minutes, des pétards lancés dans l'enceinte et le slogan "No border, no nation, stop déportation" repris par une huitaine de militants lillois, nous voila bientôt devant la grande porte qui jouxte le petit tribunal de grande instance. Là, le geste desespéré mais libérateur d'un militant qui arrache un panneau de la porte sucite de l'autre côté la mobilisation d'un rang de flics raides comme des batons d'orge. Mais rien ne se passera. On insulte un peu les bleus, "Pétain, reviens, t'as oublié tes chiens", on lance un message en arabe que seul un migrant penché par se cellule semble avoir entendu, puis on se replie car la flicaille se fait omniprésente. Je vous laisse faire le bilan…

IMGP2713-copie-1.JPG

IMGP2719-copie-1.JPG

IMGP2725.JPG

IMGP2730.JPG

IMGP2732.JPG

Le slogan "Pierre par pierre, mur par mur, nous détruirons, les centres de rétention", aura-t-il un aboutissement un jour ou sommes nous condamnés à voir proliférer les grilles à travers notre horizon ?

 

De retour chez les migrants, je m'y sens davantage chez moi, parmi ces hommes qui courent après l'avenir et remplissent leur moteur d'espoir avec des mythes sur l'eldorado européen. En attendant, otages de Schengen, ils me racontent leurs périples, leur étranges et douloureux destins, comment les pays européens jouent au ping-pong avec eux. L'un a été garde du corps au kurdistan, l'autre délateur pour l'armée américaine en Irak ou encore interprète pour les américains en Afghanistan. Désormais, ils tournent en bourique dans l'espace européen, qui ne peut les renvoyer chez eux et se refuse à les intégrer chez lui. La solution est-elle de les faire mourir d'épuisement, de casser ces milliers d'adolescents au nom d'une Europe qui n'a de communauté que le nom ? Est-ce de les emprisonner et de les relacher systématiquement après quelques heures jusqu'à ce qu'on leur offre un boulot au noir en Angleterre, sans protection sociale, sans sécurité de l'emploi ? Oui, c'est sans doute ce que pensent nos politiques. D'otages, ils sont devenus esclaves de Schengen : ils sont notre main d'œuvre précaire, nos "enfants chinois" à nous. Ce que je vois en eux pourtant, c'est une immense envie de vivre en paix. Ce que je vois en nous, c'est une immense faculté à leur apporter la guerre, qu'ils soient chez eux ou chez nous.

undefined 

Maudits soient les xénophobes qui nous dirigent !

 

 

 

Salam Ajmal, I hope you'll succeed and that we'll see us again…


BIENTOT UNE VIDEO SUR LES DESTRUCTIONS PAR LA POLICE SERA DISPONIBLE...

 

Mon livre sur la situation des migrants à Calais :
http://www.livres-a-lire.com/Tomorrow_England-29-21001-21-2article-2317.html

 

par Eunous publié dans : Chronique apatride
commentaires (2)    ajouter un commentaire

Commentaires

Ne vous inquiétez pas, la culture n'est jamais déplacée. Cette musique "Ahshana" est de Ahmad Walid, un musicien afghan. On peut la trouver sur www.afghansite.com.

J'ai hésité à ajouter de la musique, car je n'aime pas orienter les émotions, mais il me semble que sa mélancolie colle tout à fait à la situation calaisienne...
commentaire n° : 1 posté par : EUNOUS le: 04/02/2008 00:47:56
Demande qui pourra vous sembler décalée, qui ne l'est cependant pas pour moi : quel est l'ensemble musical de tablas et violons qui illustre le récit de cette terre brûlée ?
Cet air me semble illustrer et à la fois contrarier la citation de W.Benjamin.
commentaire n° : 2 posté par : Lescalier le: 03/02/2008 16:01:04
blog technologie sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus