Comme je l'ai écrit dans le précédent article, aujourd'hui N.Sarkozy faisait à Lille l'honneur de sa visite, dans le but de faire ses voeux aux fontionnaires à la préfecture. Comme prévu, nous
étions levés de bonne heure pour faire entendre notre désaccord.
A 8h00 je commence par faire un tour près de la gare qui, comme je me l'étais imaginé, faisait l'objet d'une surveillance digne d'un état d'urgence. Des flics encarapacés, boucliers à la main,
postés en groupes devant les entrées de la gare, une série de camionnettes et de bus de la gendarmerie sur la rue adjacente, des rondes de policiers tout autour de la gare, avec des motards de la
municipale et de la nationale. Bref, du bleu absolument partout, avec interdiction formelle de circuler et de stationner aux abords de la gare. A l'intérieur, les gardes mobiles sont en faction,
empêchent l'accès au quai 9, armés de leur habituel arsenal de lance-grenades lacrymogènes, de matraques, de boucliers bombés et de gazeuses, secondés par un bon groupe d'agents de la BAC, plutôt
veste en cuir, gants noirs et flash-ball sous le pullover...
Les abords de la gare
Lille-Flandres
Les abords de la gare
Lille-Flandres
Derrière ce beau monde, le préfet ou un de ses adjoints, vêtu de son plus joli costume à galons et de sa casquettes avec dorures, nos huiles préférées, chefs de brigades et commissaires du
central ("Chewing-gum" et ses amis), mais aussi quelques civils en attente de l'arrivage ministériel.
J'attend donc que nos ministres sortent, parmi les badauds. Habitué à nous voir dans les manifs (physionomiste !) , Chewing-gum nous demande pourquoi on est là et si on à l'intention de
seulement regarder. On répond que oui. Les ministres ne tardent pas à arriver, au pas de course. Je crois apercevoir Rama Yade, Bernard Laporte, Christine Albanel, mais comme leurs visages sont
moins enfarinés qu'à la télé, ils me paraissent bien ordinaires et je ne les reconnais pas vraiment. Peu importe, ils sont là, et bientôt les voitures noires les emportent vers la préfecture,
accompagnées de quatre bus remplis de monde (des officiels ? des fans ?).
Sarkozy lui, est arrivé en avion à Lesquin (a-t-il eu le temps de passer le bonjour aux sans-papiers du centre de rétention ?). C'est vrai que Paris-Lille en train, c'est fatiguant. Et puis
le grenelle de l'environnement, c'est sans doute seulement pour la façade médiatique...
Avec des amis militants je poursuis vers la place de la République, inaccessible car bouclée par des barrières et des rangées de CRS. Un flic nous demande de ne pas prendre de photos avec un
regard qui semble vouloir nous intimider. On lui répond par l'article 226-1 du code de procédure pénale, sur quoi il nous dit qu'il peut aussi casser l'appareil. On lui fait remarquer que ce
n'est sans doute pas légal non plus. Il grogne et continue son chemin.
Finalement, nous arrivons porte de Paris à 09h55. Personne. Juste le temps d'adresser un coucou amical à un commissaire du central et de traverser la rue pour rejoindre deux personnes éseulées,
qu'à 10h00 pétante deux fourgonnettes de la police freinent le long du trottoir, vomissant une dizaine de tortues ninja qui aussitôt nous encerclent. Contrôle d'identité. Motif : "rassemblement
interdit" (pas plus de 5 personnes, comme en Birmanie). L'un d'eux me regarde avec ce regard que seul le flic peut faire, un mélange entre ceux de Dark Vador et de James Bond. Ils nous embarquent
tous, alors que d'autres arrivent. Ils seront eux aussi mis dans la fourgonette. Nous sommes alors 8 dans une fourgonette, surveillés par une policière qui a toute les caractéristiques physiques
propres à un homme. Un moment d'inatention : je supprime toutes mes photos et envois un message pour prévenir notre commission juridique.
Ils nous emmènent au commissariat central, à quelques rues de là. Arrivés là, ils nous font aller au fond de la cour centrale, sous le porche d'entrée (dont la porte en bois est fermée à clé)
pour les véhicules, un endroit dont les murs et le plafond sont remplis de toiles d'araignées. Ils nous parquent derrière des barrières de sécurité, comme dans un enclos, sans confisquer nos
affaires, ce qui permet de communiquer avec l'extérieur...et même de prendre quelques photos. Ils ne faut pas attendre longtemps pour que de nombreux autres manifestants nous rejoignent, dont la
fameuse brigade de clowns qui arrive en chantant et en faisant du bruit dans la petite cour. Au total, nous serons 47 à être enfermés là pendant un peu moins de quatre heures.
La brigade des clowns
dans le commissariat, alors que nous ne sommes encore qu'une vingtaine
On se permet de crier des slogans, de chanter des chansons, que nos camarades à l'extérieur entendent à travers la porte de bois : "
Y'en a assez, assez, assez d'cette société, qui n'offre que
le chômage et la précarité !",
"Tout est à nous, rien n'est à eux, tout ce qu'ils ont ils l'ont volé ; partage des richesses, égalités sociale, ou alors ça va pêter !", "El pueblo,
unido, jamas sera vincido !"... Les clowns font le show, chantent, réclament des bisous aux policiers, partagent leurs ballons gonflables, tout ça dans une bonne ambiance, face aux mines
grises des policiers qui nous entourent. On passe l'un après l'autre à la fouille. Il me semble que seule une barquette d'oeufs a été confisquée...
Mais il ne tarde pas à se produire un incident qui fait remonter la pression : une fille épileptique demande à aller aux toilettes. Refus. Elle s'énerve, crie. Les ninjas carapacés la poussent
ainsi que tous les autres avec les barrières, donnent des claques par dessus à ceux qui se révoltent, puis menacent d'utiliser les gazeuses en voyant qu'on commence à les pousser. Elle s'asseoit
contre le mur, tremblante. On demande à ce que quelqu'un s'occuppe d'elle. Nouveau refus. Ce qui devait se produire se produit : elle fait une crise d'épilepsie. Les flics ne trouvent alors rien
de mieux que de la trainer par les pieds et de la plaquer au sol pour l'empêcher de bouger. Ils refusent qu'elle soit accompagnée. Elle est finalement relâchée après sa crise en compagnie de son
copain, mais la tension reste un bon moment après. On demande que nos droits nous soient énoncés. Le silence nous répond, des visages figés et indifférents nous font face. Je décide d'appeler
l'avocat qu'on contacte en général pour la commission juridique. Sa secrétaire me répond, prend en note toutes mes déclarations et promet de rappeler. Personne ne m'a rappelé depuis.
Article 78-3
(Loi nº 83-466 du 10 juin 1983 art. 21 Journal Officiel du 11 juin 1983 en vigueur le 27 juin 1983)
(Loi nº 86-1004 du 3 septembre 1986 art. 3 Journal Officiel du 4 septembre 1986)
(Loi nº 93-2 du 4 janvier 1993 art. 162 Journal Officiel du 5 janvier 1993 en vigueur le 1er mars 1993)
(Loi nº 93-992 du 10 août 1993 art. 2 Journal Officiel du 11 août 1993)
(Loi nº 93-1013 du 24 août 1993 art. 20 Journal Officiel du 25 août 1993 en vigueur le 2 septembre 1993)
(Loi nº 99-291 du 15 avril 1999 art. 15 Journal Officiel du 16 avril 1999)
(Loi nº 2006-911 du 24 juillet 2006 art. 114 Journal Officiel du 25 juillet 2006)
Si l'intéressé refuse ou se trouve dans l'impossibilité de justifier de son identité, il peut, en cas de nécessité, être retenu sur place ou
dans le local de police où il est conduit aux fins de vérification de son identité. Dans tous les cas, il est présenté immédiatement à un officier de police judiciaire
qui le met en mesure de fournir par tout moyen les éléments permettant d'établir son identité et qui procède, s'il y a lieu, aux opérations de vérification nécessaires.
Il est aussitôt informé par celui-ci de son droit de faire aviser le procureur de la République de la vérification dont il fait l'objet et de prévenir à tout moment
sa famille ou toute personne de son choix. Si des circonstances particulières l'exigent, l'officier de police judiciaire prévient lui-même la famille ou la
personne choisie.
Lorsqu'il s'agit d'un mineur de dix-huit ans, le procureur de la République doit être informé dès le début de la rétention. Sauf
impossibilité, le mineur doit être assisté de son représentant légal.
La personne qui fait l'objet d'une vérification ne peut être retenue que pendant le temps strictement exigé par l'établissement de son
identité. La rétention ne peut excéder quatre heures, ou huit heures à Mayotte, à compter du contrôle effectué en application de l'article 78-2 et le procureur de la
République peut y mettre fin à tout moment.
Si la personne interpellée maintient son refus de justifier de son identité ou fournit des éléments d'identité manifestement inexacts, les
opérations de vérification peuvent donner lieu, après autorisation du procureur de la République ou du juge d'instruction, à la prise d'empreintes digitales ou de
photographies lorsque celle-ci constitue l'unique moyen d'établir l'identité de l'intéressé.
La prise d'empreintes ou de photographies doit être mentionnée et spécialement motivée dans le procès-verbal prévu ci-après.
L'officier de police judiciaire mentionne, dans un procès-verbal, les motifs qui justifient le contrôle ainsi que la vérification d'identité,
et les conditions dans lesquelles la personne a été présentée devant lui, informée de ses droits et mise en demeure de les exercer. Il précise le jour et l'heure à partir
desquels le contrôle a été effectué, le jour et l'heure de la fin de la rétention et la durée de celle-ci.
Ce procès-verbal est présenté à la signature de l'intéressé. Si ce dernier refuse de le signer, mention est faite du
refus et des motifs de celui-ci.
Le procès-verbal est transmis au procureur de la République, copie en ayant été remise à l'intéressé dans le cas prévu par l'alinéa
suivant.
Si elle n'est suivie à l'égard de la personne qui a été retenue d'aucune procédure d'enquête ou d'exécution adressée à l'autorité judiciaire,
la vérification d'identité ne peut donner lieu à une mise en mémoire sur fichiers et le procès-verbal ainsi que toutes les pièces se rapportant à la vérification sont détruits
dans un délai de six mois sous le contrôle du procureur de la République.
Dans le cas où il y a lieu à procédure d'enquête ou d'exécution adressée à l'autorité judiciaire et assortie du maintien en garde à vue, la
personne retenue doit être aussitôt informée de son droit de faire aviser le procureur de la République de la mesure dont elle fait l'objet.
Les prescriptions énumérées au présent article sont imposées à peine de nullité.
Le présent article n'a pas été respecté sur les deux points soulignés.
Après, plus de slogans jusqu'à notre libération, entre 12h30 et 13h00. Nous sommes libérés sans avoir signé quoi que ce soit ni avoir été informé de la procédure effectuée à notre encontre.
Dehors, une petite centaine de personnes attendait notre sortie, maintenus loin du commissariat par des CRS.
Protection du
commissariat et sortie des clowns
Libération des clowns
En repassant par la gare, on a pu voir le train des ministres repartir du quai 9 à 13h00, puis les nombreux effectifs de police en présence sont repartis aussi vite que le TGV des abords de la
gare. La ville retrouve un peu de sa liberté. Sarkozy peut continuer ses escapades médiatiques, tandis que la population râle mais ne bouge toujours pas.
Et pendant ce temps-là, Martine Aubry offrait un VTT à Nicolas Sarkozy...
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