Ce jeudi 6 décembre, nous étions entre 400 et 500 à manifester dans les rues de Lille. Après avoir laissé les enseignants qui, convaincus par la police, étaient partis pour dispercer la manif
sur la place de l'Opéra, les étudiants ont décidé de poursuivre leur marche. Notre premier objectif a été d'aller proposer un communiqué à France 3 et à la Voix du Nord, mais il est illusoire
de croire que la presse a encore vocation à transmettre des idées, des revendications. En réalité la presse est avant tout une tribune pour ses actionnaires et n'a pour seule vocation
aujourd'hui que de vendre, donc de "neutraliser" sa ligne éditoriale afin d'élargir son lectorat ou de satisfaire un audimat de plus en plus apolitique.
Après ces tentatives inutiles d'obtenir de la place dans leur éditorial, nous avons donc décidé d'emmener plus loin la manifestation, notamment vers les rues commerçantes pour être vu et
entendu. Sans compter le soutien aux salariés de Darty en grève.
Dans un premier temps, le groupe de manifestants qui sont alors entre 150 et 200 se retrouve interrompu dans sa marche par un cordon de CRS et une dizaine d'agents de la BAC qui, visiblement,
ont décidé que la rue commerçante du Sec Arembault (prolongement de la rue de Béthune) constitue une zone interdite à l'expression publique. Les manifestants font donc face à une rangée bleue
marine qui n'a pas pour directive de dialoguer, mais clairement et simplement d'empêcher de circuler librement. A leur tête, un commissaire du Central (blouson de cuir, cheveux longs et foulard
bordeau), l'adjoint au préfet chargé de la dispersion (calot et écharpe tricolore) et un agent des Renseignements chargé de filmer les événements pour les fichiers de la police (à l'arrière,
cheveux courts, veste de cuir, jean et camescope).
Je me suis saisi à ce moment d'un mégaphone pour interpeller les centaines de personnes non impliquées et spectatrices qui faisaient cercle autour de nous et derrière les forces de police. Mon
objectif était de les alerter et de les informer sur les méthodes autoritaires des autorités, mais aussi sur ce que le gouvernement libéral actuel génère comme violence sociale et physique
:
"... la vérité est que ce gouvernement ne connait plus le dialogue, il a cessé de croire qu'on pouvait discuter avec les gens mécontents. Il envoit systématiquement la police pour nous
signifier son désaccord alors que nous, tout ce qu'on demande, c'est du dialogue. On espère être écoutés un jour, on espère que nos revendications seront prises en compte. C'est tout ce qu'on
demande ! Nous invitons les jeunes, les gens qui ont conscience que quelque chose va mal dans notre pays à nous rejoindre. Notre but n'est pas de susciter la violence, mais de manifester notre
désaccord, alors nous vous demandons de nous rejoindre. Ce que vous voyez devant vous c'est la preuve qu'il existe dans notre pays des zones qui sont interdites à la contestation. Nous sommes
ici dans un espace qui est dédié au commerce, qui est dédié aux magasins, au shoping, alors c'est un espace qui est interdit aux gens qui veulent exprimer des opinions politiques, parce qu'on
risquerait de déranger, de déranger ce monde qui n'est dévoué finalement qu'au commerce, au business et aux affaires..."
Le face à face dure un moment, tandis qu'une seconde ligne de CRS se positionne derrière la première (52ème seconde du film). Les étudiants lèvent les bras pour signifier leur démarche
pacifiste, tout en scandant "étudiants non violents" puis des slogans unitaires et anti-autoritaires. A préciser qu'il n'y en effet aucun jet de projectile, aucune insulte à l'égard
des policiers, aucune agressivité. Les gens qui regardent applaudissent d'ailleurs à la huitième seconde du film.
Slogans : "El pueblo, unido, jamas sera vincido" (Le peuple, uni, jamais ne sera vaincu) /
"no pasaran" (ils ne passeront pas : slogan anti-fasciste)
Commentaire de la personne qui filme : "...la police qui ne veut pas bouger de la rue du Sec Arembault, empêchant les manifestants de passer, visiblements inoffensifs. C'est assez
surprenant. Ces jeunes ont l'air visiblement assez inoffensifs. Et la police empêche, les forces de l'ordre empêchent [de passer].
.."
Au mégaphone :
"Personne ce soir ici ne pourra nier notre démarche pacifiste..."
Dans la troisième vidéo, les étudiants continuent de scander
"Etudiants non violents !" tandis qu'aucun incident n'a eut lieu.
Commentaire de la personne qui filme : "...alors les forces de police se sont démultipliées...euuuh...pour former une espèce de barricade en face des étudiants..."
Au mégaphone :
"Ce qu'il se passe maintenant, c'est qu'on va nous faire une première sommation parce qu'on n'a pas le droit de marcher dans la rue. Après la première sommation, ils
sortiront les matraques et nous frapperont dessus comme d'habitude... [huées]
... c'est la seule réponse que donne le gouvernement..." A ce moment (38ème seconde du film),
l'adjoint du préfet perd son sang-froid et s'avance pour donner un coup dans le mégaphone en criant
"ça suffit maintenant". Il y a protestations des manifestants.
A la 46ème seconde, la première sommation est prononcée, sous les slogans
"Etudiants non violents". Les CRS donnent donc des coups de boucliers et repoussent les manifestants.
Commentaire de la personne qui filme : "Les policiers commencent à refouler les étudiants... [le gaz est lancé à hauteur des yeux]
... bombes lacrymogènes lancées sur les
étudiants... olalaa qu'elle... olalaaa, lamentable !"
S'ensuit une fuite vers l'Eglise Saint Maurice au pied de laquelle chacun crache ses poumons, pleure, aveuglé par le gaz lacrymogène. On s'échange du sérum phisiologique. Se remettre
après avoir reçu du gaz directement dans le visage demande quinze bonnes minutes. Moi-même j'étais aveugle pendant cinq minutes. Cette mésaventure aura eu l'avantage de montrer aux gens
présents (eux aussi gazés avec nous) que les méthodes des autorités sont loin d'être légitimes, loin d'être portées vers le dialogue. Il n'y a qu'un moyen de désigner la ligne politique du
gouvernement actuel : pression et répression.
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