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"L'humanité est devenue assez étrangère à elle-même pour réussir à vivre sa propre destruction comme une jouissance esthétique de premier ordre", Walter Benjamin dans "Essais"
Dimanche 9 décembre 2007

 



Les universités françaises ont commencées à se mobiliser de façon visible entre le 31 octobre et le 6 novembre, soit deux mois et demi après l'adoption de la loi relative aux Libertés et Responsabilités des Universités (n° 2007-1199 du 10 août 2007). Avant le blocage, il y a eu une longue période d'information au cours de laquelle nous avons diffusé des tracts, affiché, débrayé des cours. Dans le climat d'indifférence et d'individualisme qui caractérise la société actuelle, nous étions contraints de passer à une étape plus radicale et forcément moins populaire de la lutte pour nous faire entendre et susciter le débat : le blocage.

 
SUR LE BLOCAGE

Cette méthode de lutte, quelles que soient les inconvénients qu'elle induit et la révolte qu'elle suscite, a le mérite de provoquer une réaction de l'opinion, de l'amener à se réunir en Assemblées générales pour écouter nos revendications et de la forcer à s'interroger sur le bien-fondé de ces revendications. Rassembler 1000 personnes dans un amphithéâtre pour débattre de questions politiques (politique : vie de la cité) est malheureusement devenu impossible sans recourir à ces procédés, ce qui a pourtant été possible à plusieurs reprises en raison du blocage. Nous tenons à rappeler que de tout temps les acquis ont été obtenus par la force, bien souvent à l'aide de barricades, de blocages, de grèves et de conflits durables (ce sont les barricades de 1789, 1848 et 1870 qui ont permises l'instauration de la République, celles de 1944 qui ont chassées le fascisme…). Nous rappelons également que c'est bien souvent contre l'opinion de la majorité qu'ont été obtenues les avancées sociales, donc nous assumons totalement notre statut minoritaire, en espérant néanmoins mobiliser les foules autour de nos revendications qui nous apparaissent non seulement cruciales mais aussi vitales !

 

SUR L'ENGAGEMENT DES VOTANTS

De fait, si l'ensemble des étudiants qui nous ont soutenus dans leur vote avait pris la peine de venir nous soutenir, nous n'aurions pas aujourd'hui à nous justifier sur la légitimité de nos actes, car il est peu probable que les 1630 personnes nous ayant soutenues en début de mouvement (12 novembre) soient des révolutionnaires (ni même les 2000 personnes s'étant prononcées contre la LRU le 26 novembre).

 

SUR LE FONCTIONNEMENT DES AG

Quant aux reproches faits sur le démocratisme de nos assemblées générales, nous estimons qu'elles n'ont aucune légitimité. Un règlement d'AG a été voté dés les premières AG en présence de plusieurs centaines de personnes et était disponible à qui souhaitait s'en soucier. Outre certaines AG décisionnelles visant à organiser en interne notre lutte, les AG fonctionnent avec un bureau de 5 personnes révocable et un ordre du jour amendable par l'AG. Le tour de parole est toujours équitable selon les intervenants (la seule personne en ayant abusé étant une membre de la Confédération étudiante, organisation qui n'a jamais apporté un avis critique sur la loi LRU) et fixé à 3 minutes. Les AG sont pour la plupart annoncées à l'avance, par affichage et sur le site indymedia, et ouvertes à qui souhaite s'en soucier. Les votes sont comptabilisés par des compteurs issus de l'assemblée. Les AG sont souveraines, dans la mesure où elles font précéder tout vote par un débat, sont ouvertes et non discriminantes, permettent l'expression de toute opinion et sont le meilleur exemple d'une démocratie directe à laquelle notre système politique ne nous a jamais habitué. Elles sont bien évidemment à l'image des étudiants, donc perfectibles.

 

SUR L'ATTITUDE DE L'ADMINISTRATION

Au cours de toute la mobilisation, l'administration a fait preuve d'hostilité à l'égard de nos revendications. Elle s'est positionnée de fait contre le blocage, mais également en faveur de la loi LRU. Si nous avons toujours contesté le vote administratif tout en le laissant s'effectuer, c'est parce qu'il est un moyen pour l'administration de nous déposséder de notre lutte, mais qu'il reste néanmoins une façon de se légitimer vis-à-vis de l'opinion. Déléguer l'organisation de ce vote à l'administration ne pose pas un soucis de régularité du vote, mais un soucis réel de démocratisme, car en effet l'organisation d'un vote sans débat au préalable remet en cause son objectivité. Le vote en AG permet de s'assurer que celui qui vote a assisté aux débats. Si le vote administratif a été remis en cause ce lundi 3 décembre, c'est parce que nous avons décidé de ne pas jouer plus longtemps le jeu de l'opinion majoritaire qui est presque toujours réactionnaire et opposée à la contestation de l'ordre établi (en clair : elle n'aime pas être dérangée dans son quotidien et ses habitudes). C'est également en réaction à l'attitude inacceptable de l'administration depuis le début de ce mouvement :

Le président de Lille3, Monsieur Dupas, ne s'est jamais réellement soucié de l'opinion de ses étudiants. Il est venu dans l'AG du 12 novembre exposer son opinion, avec comme seule argumentation de nous accuser de mensonge, avant de quitter aussitôt l'amphithéâtre sans même prendre le temps d'écouter ses contradicteurs. Au-delà de cette erreur révélatrice, lui et son administration n'ont cessé de publier sur l'accueil du site de l'université leurs propres communiqués, ainsi que les communiqués allant dans leur sens, c'est-à-dire hostiles au blocage. C'est notamment le cas du communiqué de 12 présidents d'UFR paru le 20 novembre. A la suite de ce communiqué, qui n'a pas été fait avec un franc consentement de tous ses signataires, ont eu lieu trois démentis d'enseignants qui ne sont jamais parus sur l'accueil du site et que voici :

 

25 novembre :

Communiqué

La position des directeurs d’UFR de Lille3 n’engage pas les enseignants et le personnel de chaque UFR, lesquels n’ont pas été consultés avant la publication du communiqué. Leur communiqué joue sur le mélange des registres, en apportant d’une part des informations aux étudiants sur les conséquences possibles du mouvement, et d’autre part en prenant une position politique à son encontre. Ses auteurs glissent ainsi d’une autorité administrative à une autorité « morale ». Ils s’autorisent à ramener le mouvement contre la LRU à un « sentiment de colère ».

Nous nous désolidarisons donc de ce communiqué.

 

Des enseignants, des chercheurs, des enseignants-chercheurs ;

 

Premiers signataires :

Vincent Caradec, ISAS, UFR des sciences de l’éducation,

Paula Cossart, UFR des sciences historiques,

Milena Doytcheva, UFR de philosophie,

Armelle Giglio-Jacquemot, UFR IDIST

Laurence Le Douarin, UFR IDIST,

Frédéric Louchart, chargé de cours, anthropologie,

Ségolène Petite, UFR IDIST,

Nicole Pinet, UFR MSES

Jean Luc Simon, ISAS, UFR des sciences de l’éducation

Vanessa Stettinger, ISAS, UFR des sciences de l’éducation

Fabien Torre, UFR IDIST

Jean-François Véran, Institut Universitaire de Technologie "B",

Dominique Vidal, UFR des sciences historiques,

 

26 novembre :

Les signataires de ce texte, enseignants de l’UFR de Lettres modernes qui n’ont pas signé l’appel à la levée du blocage lancé par plusieurs de leurs collègues, tiennent à préciser ici deux choses : cela ne signifie pas qu’ils sont automatiquement, inconditionnellement partisans dudit blocage ; cela ne signifie pas non plus qu’ils sont opposés à toute réforme de l’Université.

Ils pensent évidemment, comme leurs collègues, que le blocage “pénalise gravement les étudiants” — et pas seulement, ajoutent-ils, parce que ceux-ci pourraient voir leur semestre non validé.

En revanche, ils pensent, avec les étudiants mobilisés et comme eux, que l’action qu’ils mènent en ce moment est “politique” en effet (ils pensent donc aussi comme Valérie Pécresse, mais ne donnent évidemment pas au mot le même sens qu’elle). Et pensent aussi, comme et avec eux, que cette loi est une menace pour l’Université, pour au moins deux raisons essentielles, déjà évoquées ici et là :

- la première est la concentration des pouvoirs dans les mains du Président et de personnes par lui choisies, étendant au-delà de l’acceptable un pouvoir qui était déjà très important (voir, au sujet de l’état de fait d’ores et déjà existant, l’article du Monde daté du 20 novembre, signé par quelques enseignants de Paris VIII) ;

- la deuxième est la question de la “professionnalisation” : l’Université n’a pas pour vocation, on ne le répétera jamais assez, de former à un métier ; elle peut, par la formation intellectuelle qu’elle donne, favoriser la recherche d’un emploi et, plus largement, un épanouissement personnel révélant des aptitudes à exercer de multiples activités dans la société, et pas seulement dans le monde marchand. Les signataires de cette lettre considèrent qu’il y a dans cette loi des éléments qui risquent de marginaliser encore davantage, voire de faire disparaître à terme, certaines disciplines — notamment celles qui aident (qui donnent) à penser.

 

Françoise Asso, Nathalie Barberger, Frédéric Briot, Jean-Max Colard

 
27 novembre :

Compte tenu de l’oppposition d’une partie significative de la communauté universitaire à la loi "L.R.U.", l’Assemblée générale des personnels de l’UFR Lettres modernes de l’Université Charles de Gaulle -Lille 3 demande au gouvernement de suspendre immédiatement le calendrier d’application de la loi, et notamment celui de l’élection des nouveaux conseils dans les universités. Elle demande également que s’ouvre une vaste concertation avec l’ensemble de la communauté universitaire.

 

De plus, alors qu'au cours de deux AG successives nous avons voté majoritairement en faveur de la participation des personnels et enseignants aux votessur la question du blocage, l'administration n'a pas daigné y convenir. Il nous apparaissait pourtant élémentaire, quand bien même aucune demande collective n'ait été formulée de leur part en ce sens, que les personnels et enseignants puissent participer à titre individuel à ce vote, car ils sont autant que nous concernés par les évolutions qu'induit la réforme des universités.

Enfin, l'attitude de Monsieur Dupas et de son administration à l'issue du vote de ce lundi 3 décembre n'a encore pas été exemplaire. L'AG ayant voté majoritairement pour la non prise en compte du vote administratif, deux votes ont eu lieu simultanément, rien n'empêchant les étudiants d'aller voter successivement à l'un et à l'autre, ce qui rend le cumul des résultats impossible. La réaction la plus logique de notre président aurait dû être, soit de considérer le vote de l'AG (à l'aide de portique et non à main levée) comme souverain, ou alors de déclarer les deux votes caducs. Mais celui-ci a préféré considérer le sien comme représentatif et a dés lors décidé que l'université serait débloquée.

Finalement, un communiqué invitant les étudiants et les enseignants à se rendre à leurs UFR ce mercredi 5 décembre n'a eu pour seul résultat que de faire se déplacer des centaines d'étudiants pour rien, alors que leurs propres enseignants n'étaient pas informés de la situation et que rien n'était prévu dans les faits pour "envisager les conditions de la poursuite et de la validation du semestre" comme ce communiqué l'annonçait. Le but était-il d'amener bloqueurs et anti-bloqueurs à la confrontation ? Le même jour, monsieur Dupas a décidé unilatéralement comme il l'a toujours fait, la reprise des cours pour le jeudi 6 décembre…

 

SUR LE TRAITEMENT DE LA MOBILISATION PAR LES MEDIAS

Nous tenant informés des évolutions de la mobilisation ailleurs en France, nous avons constaté venant des médias une forte hostilité à l'encontre de la mobilisation étudiante. Contrairement au mouvement contre le CPE qui avait vu rapidement les médias développer un discours conciliant à l'égard du mouvement étudiant, notre lutte contre l'autonomie des universités a suscité de la part des journalistes des articles et des commentaires extrêmement condescendants et subjectifs. L'ampleur de la mobilisation a été niée comme rarement auparavant, Jean-Pierre Pernaud ayant même annoncé sur TF1 le blocage de 3 facultés à un moment où le mouvement en comptait déjà 27. Depuis un an, nous avons constaté une dérive médiatique qui tend à faire de la presse écrite le royaume du copier-coller, où d'un journal à l'autre on retrouve les mêmes articles à l'identique et où la diversité de l'opinion n'a plus sa place, les journaux étant globalement tous hostiles à notre mouvement, qu'ils soient de gauche ou de droite. Certaines interviews tout à fait pertinentes ont été tronquées ou coupées en morceaux de façon à les rendre inintelligibles. Mais le plus courant reste cette tendance à n'interroger que des "usagers en galère" et autres mécontents et râleurs, sans donner la place qui lui est due à l'expression des inquiétudes légitimes concernant notre avenir. Les médias se sont fait les porte-paroles de l'individualisme. C'est la raison pour laquelle les AG ont soumis régulièrement au vote l'exclusion des médias, afin que les débats, les emportements et autres discours passionnels ne soient pas utilisés par les journalistes pour servir un discours pré-établi par leur rédaction ou faire du sensationel.

 

SUR LA GESTION DU CONFLIT PAR LES AUTORITES

Au cours de notre mobilisation et des précédentes, nous avons fait un constat gravissime sur la non prise en compte des inquiétudes populaires par les autorités. Alors qu'un certain nombre de sociologues et de spécialistes diagnostiquent une radicalisation de la société, beaucoup sont nombreux à faire l'impasse sur la radicalisation du pouvoir. C'est surtout depuis la crise sur la question des retraites en 2003 que nous pouvons constater à quel point la mobilisation de la rue rencontre l'indifférence des politiciens. Derrière des phrases comme "Ce n'est pas la rue qui gouverne" se cache une triste réalité qui est la suivante : notre colère n'a pas droit de cité, quand bien même nous sommes des centaines de milliers à manifester. A partir de ce déni de démocratie, nos gouvernements se permettent d'infantiliser la contestation, de la mépriser pour finalement la criminaliser. S'opposer aux réformes libérales est désormais considéré comme un acte d'insubordination qui n'a pour seule réponse que la violence physique. C'est ainsi qu'on a vu se mettre en place des bataillons impressionnants de la Brigade Anti Criminalité (BAC), dissimulées en civil autour de nos manifestations, afin de réprimer toute véléiter de révolte. Plus visible que cela, il est notable que la manifestation en elle-même est soumise à des règles imposées par la préfecture et que dés qu'il est question de quitter l'itinéraire de manifestation mis en place par le préfet, les CRS sont là pour obstruer le passage comme c'est arrivé plusieurs fois ces deux dernières semaines. Le jeudi 22 novembre, sans aucune violence, notre manifestation a tenté à Porte des Postes de pousser lentement mais fermement le cordon de CRS (comme en témoigne une vidéo disponible sur dailymotion ), action non-violente qui a reçu comme seule réponse des coups répétés de matraques (même au niveau du visage : un manifestant est allé aux urgences pour des points de suture au front). A noter que la force de résistance des CRS est telle que des poussées de bouclier auraient largement suffies. Mais c'est sans compter les charges de CRS menées devant le lycée Pasteur le 29 novembre et qui ont scandalisé par leur violence un très grand nombre de gens jusqu'à l'autre bout du pays (quand même !) : comment un pays peut-il aller si mal qu'il tolère que des CRS armés viennent charger sans sommation des lycéens mineurs devant leur établissement ? Surtout, comment un pays peut-il être assez malade pour voir des étudiants applaudir et chanter à la vue de leurs camarades matraqués à leurs pieds par des CRS ? L'allure répressive que prennent les autorités, avec le consentement d'une majorité, que ce soit en banlieues ou sur le parvis de nos universités, est un très mauvais présage pour les temps à venir. Ne serions-nous pas les témoins d'une nouvelle fascisation des mentalités ?

 

SUR L'OBJET DE NOTRE MOBILISATION

La loi sur laquelle porte notre mobilisation, c'est-à-dire celle sur l'autonomie des universités, a été négociée et adoptée durant les vacances d'été, sans que la communauté universitaire ne soit en mesure de se réunir pour en discuter afin d'en saisir tous les enjeux. Nous avons très tôt dénoncé les méthodes utilisées par ce gouvernement pour faire passer ses réformes, qui en règle générale n'emportent pas l'adhésion d'une majorité.

Cette loi de réorganisation de l'enseignement supérieur est suffisament importante et grave pour qu'un véritable débat aie dû être organisé avant toute légifération. La LRU n'est que l'aboutissement de la fièvre de privatisation engagée par les libéraux contre les services publics essentiels et n'est qu'un pas de plus vers la mise en concurrence des moindres éléments constitutifs de notre société. Mûrie depuis une dizaine d'années par les politiciens libéraux de nos gouvernements européens, la LRU n'est que l'application française du processus européen de Bologne signé en 1999 par les Etats membres de la communauté européenne dans le but de mettre en concurrence entre elles ses universités. La preuve en est les mobilisations comme à Barcelone en Espagne ou Manheim en Allemagne contre les conséquences de ces politiques libérales. Car cette loi permet ni plus ni moins :

 

-          la dépense libre des dotations de l’Etat, voire libre fixation des frais de scolarité, c'est-à-dire une augmentation progressive et sans limite des frais d'inscriptions.

-          la répartition libre des crédits de l’Etat dans les différentes filières, donc instauration de filières dites rentables et fermeture progressive de filières dites "poubelles"

-          une sélection progressive sur dossier à l'entrée de l'université.

-          un recrutement autonome des enseignants, des chercheurs et du personnel administratif. Voire libre gestion de la politique salariale et des plans de carrière, donc signature de contrats de droit privé.

-          la perte de représentativité des enseignants, personnels et étudiants dans les Conseils d'Administration au profit de la seule présidence.

-          l'entrée des entreprises dans les organes décisionnels de l'université, impliquant le droit de regard des chefs d'entreprises sur les budgets et le contenu des filières.

-          l'appel à des financements privés de la part des universités pour subvenir aux besoins financiers dont l'Etat s'est désengagé.

-          l'acquisition de valeurs mobilières et constitution de fonds de placements par les universités, donc transformation de l'université en entreprise.

 

Il était donc de notre devoir et de notre droit de nous opposer fermement à cette nouvelle loi qui s'inscrit encore une fois dans une logique globale de désengagement de l'Etat et de casse des acquis sociaux au profit d'un idéal irresponsable qui prône la concurrence, le profit et la croissance perpétuelle. Nous demandons à ce que la société prenne conscience que le chômage n'est que le résultat de ces politiques qui se sont mises en place depuis les années 1980. Ce n'est pas le système éducatif qui doit s'adapter aux caprices des entreprises, mais au chefs d'entreprises de prendre en considération la valeur de nos formations et de nos diplômes. Si aujourd'hui une majorité de la société française est mécontente et s'est prononcée à 54,67% contre le projet de constitution européenne en 2005, c'est sans doute que le libéralisme et l'esprit sécuritaire de nos gouvernements ne sont pas une réponse à la précarité, au chômage, au faible pouvoir d'achat et aux nombreuses plaies de la société actuelle.

 

Nous souhaitons interpeller le gouvernement sur sa façon d'envisager le dialogue social. Faire des descentes dans les usines et parader dans les quartiers populaires, être omniprésent dans les médias, tout en augmentant ses propres salaires et prendre ses vacances sur un yacht, c'est la conception de la politique que peuvent avoir Bush ou Poutine, mais ce n'est pas ce que nous attendons d'une démocratie. Parallèlement, l'autisme de notre gouvernement, son incapacité à tenir compte de la colère qui s'exprime dans la rue et dans les quartiers, le recours permanent aux symboles et aux émotions, à la répression, sont autant de signes d'une radicalisation du pouvoir que nous contestons vivement.

 

Enfin, les syndicats invités à la table de négociation par notre gouvernement n'étaient pas représentatifs de la communauté étudiante qui demandait expressément l'abrogation de cette loi et non son amendement. C'est une des raisons qui ont poussé la coordination nationale réunie à Lille les 24 et 25 novembre de se distancer de l'UNEF majoritaire, parce qu'elle n'était pas en phase avec les revendications des étudiants mobilisés, décision délicate qui a eu le mérite de montrer qu'un mouvement n'est pas qu'une initiative syndicale. Le mouvement étudiant n'a jamais considéré l'UNEF majoritaire comme le fer de lance de sa mobilisation et réprouve les tentatives de négociation engagées par Jacques Julliard au nom d'une communauté universitaire qu'il ne représente pas.

 
Dans l'idéal, nous avançons les revendications suivantes :

- la suppression de la LRU, de la Loi sur l'Egalité des Chances et l'opposition à l'instauration du processus de Bologne

- un service public gratuit, de qualité et non soumis aux lois du marché (qui implique la suppression des franchises médicales)
- la titularisation des précaires de la Fonction Publique
- les 37,5 annuités pour tous.
- la généralisation de la semaine de 4 jours (32 heures) générant la création de CDI
- une meilleure répartition des richesses, par l'instauration de taxes sur les grosses fortunes et les transactions.
- la régularisation des sans-papiers présents sur le territoire français (impliquant l'arrêt des expulsions).
- l'abandon des réformes de la carte scolaire et de la carte judiciaire
- un logement décent pour tous.


 
Liens sur la mobilisation :

La mobilisation à Lille 3 :
antilru.canalblog.com/

La mobilisation à Lille 1 :www.ag-lille1.info/

Le site de l'AG des personnels de Lille 1 :
www.ag-personnels-lille1.fr/index.php

La mobilisation à Lille 2 :
greve-lille2.over-blog.fr/

La mobilisation en France :
www.eurowiki.com/lru/index.php

Sur la désinformation par les médias :twk.lacrymale.info/2007/12/09/desinformation-et-lru-a-lille-3/


par Crixus Nada publié dans : Analyses
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