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"L'humanité est devenue assez étrangère à elle-même pour réussir à vivre sa propre destruction comme une jouissance esthétique de premier ordre", Walter Benjamin dans "Essais"
Dimanche 25 novembre 2007
L'Empire des durs...

J'ai entendu dire qu'il n'y avait plus de classes sociales, alors que je viens il y a peu de voir une publicité pour la SNCF qui vantait la création d'un espace pro dans nos trains. Cette publicité, je vais prendre le temps de m'attarder dessus. Je voulais m'en servir comme support pour un discours devant l'AG des cheminots, afin de pointer du doigt l'abomination de ce monde qu'on nous construit doucement, mais je n'ai pas eu l'occasion d'ouvrir la bouche. Je ferai donc ici mon étude iconographique, après laquelle je ferai une diatribe anti-institutionnelle comme j'en ai l'habitude...

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J'espère que vous avez pris quelques longues minutes pour regarder, lire, critiquer et vômir cette affiche. Si elle n'a suscité chez vous aucune espèce d'indignation, c'est sans doute parce que comme beaucoup d'entre nous, vous êtes déjà en grande partie corrompu par la société libérale capitaliste.

N'avez vous éprouvé aucun haut-le-coeur en voyant aussi clairement affirmé l'aspect belliqueux du business ? Oui, car sur cette image, il n'est pas à mettre en doute que ces anonymes en costards-cravates, ces clones absorbés dans la probable lecture d'une gazette économique du type "Les échos", sont en réalité les soldats disciplinés d'un conflit devenu extraordinairement banal : l'Economie. Ces cadres sans visages sont les exécutants dociles d'une hiérarchie financière qui fait la guerre, comme c'est si bien dit, "en silence". Et ce n'est pas un petit conflit, pas une échauffourée, mais réellement une "guerre qui fait rage" !

Le titre semble alors dire qu'il se joue jusque dans nos trains une bataille sans commune mesure et dont nous ne sommes qu'à peine conscient. Elle se fait derrière notre dos, clandestinement, mais avec une férocité qui n'est pas moindre...

Et le comble de cette publicité, c'est sans doute ce qui suit, puisqu'il est fait un éloge du silence et de la tranquillité dans laquelle le professionnel de la guerre économique aime travailler. Le cadre-soldat, milicien du libéralisme, rechercherait donc "en permanence ce hâvre de paix" pour y faire aboutir en silence les plans machiavéliques qui mettent le monde du travail à feu et à sang. Pendant qu'il envoit des milliers d'épargnants et de salariés à l'ANPE, son efficacité dans cette tâche est renforcée par la SNCF grâce à laquelle il s'épanouit, se détend en même temps qu'il entre dans son tableur les données indispensables au profit de son entreprise.

Et arrivé en gare, le pro ne se mélange pas, il reste avec les siens, entre pros. C'est la touche finale qui donne à toute la publicité sa gravité : les businessmen sont désormais les chevaliers tout-puissants d'une idéologie qui oeuvre en silence, dans des espaces qui nous sont interdits. Une nouvelle classe sociale est née, élitiste et individualiste, éloignée des réalités : c'est un peu la nouvelle noblesse de l'empire capitaliste.

Et la "mélodie impalpable" du silence entourre encore et toujours ce genre d'aberrations du monde moderne...

...et le lobby des mous

Comment ne pas avoir à l'esprit nos syndicats lorsqu'on évoque ces luttes de classes ? Comment ne pas se poser au moins une fois la question "mais que font nos syndicats ?". Il y a belle lurette que chacun se pose cette question existentielle de savoir qui encore prend notre défense. Et si certains voient encore dans le syndicat un espoir de réponse, beaucoup savent aussi que leur vision du combat est de plus en plus éloignée de celle des directions syndicales. Alors que les pro d'entreprises mènent une vraie guerre contre la société au nom de leurs chefs d'entreprises, les syndicalistes ne semblent plus faire grand chose au nom de leurs leaders syndicaux.

Dans la création du terme "partenaires sociaux" pour remplacer "syndicats", il y avait une volonté effective de pacifier, de réduire à zéro la force de frappe des syndicats, qui effectivement menaient la guerre contre le patronat et ses cadres-soldats, mais il semblerait que seuls les syndicats ont décidé de poser les armes, alors qu'en face le MEDEF nous attaque avec toujours autant de Scuds anti-sociaux. Désormais, les syndicats n'ont à la bouche plus que le mot négocier, alors que les patrons ne cessent de tirer sur le drapeau blanc.

A force d'etre partenaires, on en oublie qu'on est adversaires.

Où sont passés nos syndicats de combat ? Les syndicats ont-ils signé un pacte de non-agression avec l'impérialiste MEDEF ? Désormais, les syndicats semblent s'agiter essentiellement pour ralentir la casse, mais aucun d'eux ne songe plus à garder et même à acquérir de nouveaux droits sociaux. Les syndicats majoritaires sont désormais devenus le lobby des mous. On pousse, on pousse, mais y'a plus rien qui sort.


Pour ne pas finir sur une note trop pessimiste, je dirai qu'il y a un espoir, à condition de regarder vers le Sud...
par Crixus Nada publié dans : Analyses
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