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"L'humanité est devenue assez étrangère à elle-même pour réussir à vivre sa propre destruction comme une jouissance esthétique de premier ordre", Walter Benjamin dans "Essais"
Jeudi 25 octobre 2007
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Amies brebis, je viens vous faire ici l'éloge impertinent de moutons noirs.

On a tout fait pour nous les faire oublier, mais rien ne pourra jamais effacer de nos mémoires ces âmes radicales qui ont su s'affranchir avec violence des carcans du modèle capitaliste. Ils n'étaient pas seulement quelques illuminés, mais bien une organisation intelligente et coordonnée, mue par l'indignation que peuvent susciter chaque jour en nous les injustices inhérentes à notre société. Ils se sont élevés contre l'oppression et la dictature du marché, contre l'organisation totalitaire de nos vies, contre la corruption de notre Justice. Motivés par leur désir de liberté, armés de leur intelligence des structures de domination, ils ont choisis ce que beaucoup craignent à juste titre : la violence !

Ils ont opté pour la lutte armée, parce qu'aucune autre méthode n'est plus efficace aujourd'hui contre le cynisme de nos dirigeants, qui conservent cet ancestral mépris des masses qui caractérisait la noblesse d'ancien régime. Nos principes les plus élémentaires sont bafoués en échange de confort, nos acquis sont bradés sur les marchés et nos libertés sont sacrifiées sur l'autel de leurs profits. Le peuple est un réservoir de main-d'oeuvre, une masse maléable, flexible, jetable, nuisible. L'esprit de Machiavel s'est emparé presque totalement des structures de domination et nos dirigeants, despotes modernes, ont appris à endormir la critique par l'octroi de biens matériels et par la diffusion de loisirs avilissants et ineptes. Notre cerveau est lessivé de sa matière grise, peu à peu remplacée par une connaissance complète des valeurs de la société libérale : consommation - croissance - rentabilité - profit - concurrence - individualisme. La télévision a remplacé notre cortex, la télécommande nous fait office de neurone, nos mains ne sont plus que des outils usés au service des actionnaires. Nous donnons notre vie entière pour satisfaire les statistiques falacieuses d'un modèle économique en perdition. Croissance, croissance, croissance, rien n'a plus d'importance aujourd'hui que cette course vers le haut. Mais derrière la côte se trouve le précipice. Déjà les bourses affichent des chutes de cours, des déficits, que les entreprises tentent de dissimuler par des processus de fusion-acquisition, détournements d'actifs, reventes et autre magouilles dont les grippe-sous de la finance sont les experts.

Chaque jour qui passe voit la lutte désespérée d'un peuple qui n'en peut plus de devoir se battre pour obtenir des conditions de vie décentes ou garder ses acquis sociaux, pour faire barrage aux véléités ultra libérales et liberticides de cette frange réactionnaire de la société civile que sont les grands patrons, les politiciens et les actionnaires. Qu'ils descendent par centaines de milliers dans la rue, à renfort de pétitions et de cris, d'actions symboliques et médiatiques, de révoltes et de grèves, ils ne se font toujours pas entendre de ces sphères méprisantes et méprisables que sont les cols blancs et cravatés des assemblées. Ceux-ci mêmes sont les serviteurs consentants des lobbies financiers et de dynasties patronales qui ont inscrit leur réussite dans l'esclavage des petites gens. Des décennies de travail à la chaîne, de petit salariat, d'effort et de sacrifices, seulement pour augmenter la qualité d'un confort difficile à acquérir et dont on n'a pas le temps de profiter. Et déjà on réduit les congés, on raccourcit la retraite, on précarise les contrats. La médecine de qualité et l'ouverture sur le monde restent les privilèges d'une élite.

Et les dirigeants ont leurs responsables, leurs têtes de turcs, ceux qui croient encore au miracle de l'argent et qui viennent avec espoir reconstruire leur vie chez nous : les immigrants. Ils sont les coupables et les victimes désignés de notre faillite sociale. On les stigmatise, on les accuse, on les méprise, on les traque. On cherche à tout prix à les exclure de nos sociétés, parce qu'ils sont la cause supposée de notre chomâge. La justice et l'administration n'ont jamais été épurés des xénophobes qui la constituent. Après la guerre, les vichystes, nazis et fascites de tous poils ont continué de semer leurs graines moisies au coeur de notre système. Trop vieux pour être encore de la partie, leur esprit demeurre. Ils sont à l'origine de ce regain d'extrêmisme xénophobe qui se laisse doucement entrevoir dans tout le monde occidental...

Et tout cela, le groupe de Baader et Meinhof l'avait bien compris. Etudiants révoltés, objecteurs de conscience, ils ont constitué pendant une décennie la continuation de la résistance à l'encontre du fascisme. Ils ont entre 1970 et 1980 mené une guerre clandestine contre les têtes de l'hydre, organisant attentats et enlèvements de dignitaires reconnus pour leur mépris des droits humains. S'il y a eu des victimes civiles, elles sont à déplorer, elles sont à pleurer, mais ne justifient pas pour autant une condamnation manu militari des auteurs de ces actes. A-t-on déjà condamné des résistants aux nazis pour les dommages latéraux causés par leurs attentats ? S'ils méritaient d'être jugés pour leurs actes et mis en rétention, il était cependant innacceptable que la parole ne leur soit pas donnée. Ils étaient en droit d'obtenir une tribune illimitée pour exprimer leurs opinions, leurs remords, leurs plaidoyers, leurs pamphlets et critiques à l'égard de ce modèle de société qu'ils avaient choisi de combattre. Au lieu de cela, le pouvoir les a soumis à la torture, à l'humiliation, a ignoré leurs droits et bafoué les libertés de conscience, d'opinion et d'expression. Mais le comble de l'arbitraire aura sans doute été leur mise à mort, leur assassinat, commis dans leurs cellules le 18 octobre 1977 et lamentablement camouflé en suicide.

Si je réprouve la violence, je la juge de plus en plus légitime.
En hommage à la Rote Armee Fraktion, je déclare la guerre contre l'impérialisme, le capitalisme, le libéralisme et le fascisme, ouverte...

A voir : www.arte.tv/fr/histoire-societe/histoire/L-automne-allemand/1702506.html
www.nadir.org/nadir/archiv/PolitischeStroemungen/Stadtguerilla+RAF/RAF/raf-texte+materialien.PDF
www.rafinfo.de/
par Crixus Nada publié dans : Analyses
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