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"L'humanité est devenue assez étrangère à elle-même pour réussir à vivre sa propre destruction comme une jouissance esthétique de premier ordre", Walter Benjamin dans "Essais"
Mercredi 26 septembre 2007
J'ai entendu parler dernièrement d'une action lancée via Internet (cet outil qui a permi d'inhiber la contestation) : on se proposait fièrement de faire une journée "sans Sarkozy dans les médias". En bref, une sorte de boycott utopique visant à dénoncer l'omniprésence du monarque sur nos ondes. Cela part sans doute d'un bon constat et d'une bonne intention, mais j'aimerais bien voir quel média voudrait suivre ce mouvement ? Au delà de cette question d'ordre pratique, une connaissance m'a fait cette remarque plutôt pertinente : en admettant que ça fonctionne on verrait pendant une journée les médias évoquer la non présence de Sarkozy dans leurs émissions, ce qui reviendraient finalement à parler de lui quand même.

Cela m'amène à pointer du doigt une lacune persévérante des groupes, mouvements, partis, mouvances ou autres cryptes d'opposition à la droite dure : ils se refusent obstinément à dénoncer ouvertement en Sarkozy les méthodes nauséabondes qui font la gloire des régimes populistes. Ils continuent à se ployer devant les lobby politiques et religieux qui se scandalisent dés qu'il y a comparaison de faite avec le fascisme. Donc on parle de Sarkozy et encore de Sarkozy, tout en refusant obstinément de condamner l'idéologie qu'il représente : l'impérialisme économique, lui-même véhiculé par le libéralisme. La France a commencé par se ranger derrière cette idéologie, qui est passée de la fatalité à la nécessité, avant de se ranger derrière la droite et ses principes : Ordre et Sécurité, Fierté nationale, Individualisme, Elitisme, Concurrence et Laxisme économique. Il faut "laisser faire, laisser passer". Seulement à force de laisser couler l'eau dans le vase, il finit par déborder. Et c'est ce qui nous arrive doucement, car les bourses se préoccupent chaque jour de la meilleure façon de cacher l'inéluctable crise qui nous attend et qui a déjà commencée (Cf. Crise du Subprime : www.lesechos.fr/info/marches/300194354.htm). Et pour réussir ce coup de chapeau, les banques centrales se contentent d'injecter de l'argent frais (pour ne pas dire fictif) sur les marchés... A force de créer des liquidités, on accroit chaque jour davantage l'ampleur du krach que connaîtront les générations futures. Et personne ne prend la peine de mesurer réellement les conséquences possibles d'une telle inconscience.

Et si je parle d'économie, c'est parce que c'est de là que viendront probablement nos problèmes les plus importants et parce que les principes économiques qui régissent nos systèmes libéraux influent largement sur d'autres domaines plus insoupçonnés. Les idées de concurrence, la conquête frénétique de nouveaux marchés toujours plus compétitifs et rentables, la marchandisation de tout ce qui peut être source de profit et amener la capitalisation des richesses, l'enrichissement permanent, la quête perpétuelle de croissance, le dépassement de soi, l'individualisme et la privatisation des services sociaux... Tout ça ne peut qu'amener à une lutte pour la suprématie où chacun lance des OPA hostiles sur ses voisins, fait des économies sur ce qui est vital pour privilégier la croissance de son propre chiffre d'affaire, met son intérêt privé avant l'intérêt commun. Et j'entends d'ici les libéraux sortir leur algorithme foireux : "la somme des bonheurs individuels amène le bonheur de tous". Quel mathématicien ne crierait pas d'effroi si on lui disait que 1+ 1 + 1 + 1 = 1? Les économistes font décidément de bien mauvais comptables.

En attendant, ce qui m'inquiète personnellement, c'est la croissance sur ce terreau individualiste de valeurs ségrégatives, d'une xénophobie discrète mais omniprésente, qui consiste à considérer ce qui vient d'ailleurs comme une menace pour l'équilibre de la société, comme un danger pour les intérêts très privés d'un groupe restreint de personnes : la nation. Mais qu'est-ce qu'une nation sinon une frontière artificielle tracée au milieu d'un creuset d'hommes aussi semblables que différents ? N'est-ce pas une construction de l'esprit qui vise uniquement à diviser l'humanité pour mieux la contrôler ? A quel inquétant paradoxe assistons-nous alors que pour mieux abolir les taxes douanières sur les marchandises et les capitaux, les pays les plus riches ferment leurs frontières aux hommes et se renferment sur des idées aussi désuettes que celle d'identité nationale ? La mondialisation dont ils se glorifient est-elle compatible avec ce nationalisme de bas étage ? nti_bug_fck
par Crixus Nada publié dans : Analyses
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