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"L'humanité est devenue assez étrangère à elle-même pour réussir à vivre sa propre destruction comme une jouissance esthétique de premier ordre", Walter Benjamin dans "Essais"
Lundi 24 septembre 2007
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Quelque part je me réjouissait de revoir la jungle où j'avais dormi il y a deux mois, même si cet endroit ne prête pas vraiment à se réjouir. J'y suis donc retourné, accompagnant un journaliste à qui j'ai proposé de faire la visite de cet endroit qui m'était désormais familier. Donc comme au mois de juillet dernier nous avons pris la rue des Garennes et enjambé le grillage éventré de la jungle, avant de pénêtrer dans le territoire temporaire de mes amis apatrides. Deux mois après, tous mes amis et  tous ceux que j'avais connu de visage étaient déjà partis... Des nouveaux sont là désormais, beaucoup plus nombreux, le double pour ainsi dire, donc 300. Ils profitent des derniers passages avant l'hiver. Ce sont toujours des kurdes, des afghans, des iraniens, des irakiens, de nombreux darfouriens et éthiopiens, mais aussi des moldaves...

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A l'entrée de la jungle, je rencontre un groupe d'afghans, dont l'un parle russe. Il a travaillé à Moscou avant de venir en Europe. Je suis content de pouvoir parler en russe, car l'anglais des migrants est relativement limité, comme le mien d'ailleurs.

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En traversant le terrain de football de l'usine Tioxide, je ne trouve rien de changé. Mais je m'aperçois très vite à quel point ma première impression est fausse. A droite, le long du grillage, il n'y a plus rien. Et je ne suis pas au bout de mes surprises : là où les vietnamiens m'avaient offert à manger, dans la partie de la jungle que les migrants appelent le "Vietnam", d'immenses saillies ont été creusées dans la forêt au buldozer et je ne retrouve plus rien de ce que je connaissait, car tout a été transformé en un immense champ de labour où les restes des cabanes et des effets personnels des migrants jonchent le sol, à moitié enterrés. Je ne sais pas trop décrire le sentiment qui me prend à la gorge. Ce n'est plus de la révolte, car après avoir vécu avec eux trois semaines je connaissais déjà toutes les formes d'injustices qu'ils subissaient. Ce serait plus juste de dire que j'ai ressenti une énorme tristesse, mêlée d'étonnement et de dégoût. La police française est capable de tout. Je me suis promené là deux mois auparavant avec mes potes afghans, courbant le dos sous les voutes de branches, essayant de ne pas me prendre les épines d'argousiers en pleine figure, et désormais à défaut de branches, il n'y a à cet endroit qu'un amoncellement de terre sèche. 

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Quand les français prendront-ils conscience qu'on viole ouvertement les droits élémentaires de l'homme dans ce fétide microcosme qu'est Calais ?  Depuis combien de temps le drame des migrants se joue-t-il en ce lieu ? Sept, huit, peut-être dix ans...

DSC0380000.JPGAVANT

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Ils sont désormais près de trois cent à se partager une forêt donc la superficie a été divisée par deux. Et la police continue à user de la matraque et du gaz, à danser encore et toujours la même farandole misérable, emportant chaque jour dans ses camionettes banalisées des migrants à bout de souffle pour les relâcher dans la journée. L'Etat français attend-il qu'on se radicalise pour cesser de se comporter en régime de Vichy ? Alors qu'il compte sur moi pour faire partie des résistants radicaux qu'il trouvera toujours sur son chemin !

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par Crixus Nada publié dans : Chronique apatride
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