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"L'humanité est devenue assez étrangère à elle-même pour réussir à vivre sa propre destruction comme une jouissance esthétique de premier ordre", Walter Benjamin dans "Essais"
Dimanche 16 septembre 2007
r00-3861.gifCroissance du commerce mondial (www.senat.fr)

Si vous avez régulièrement la sensation désagréable d'être un réactionnaire, c'est à dire quelqu'un qui refuse le changement, c'est sans doute parce qu'aujourd'hui tout est fait pour culpabiliser celui qui refuse la démagogie politique. La tendance actuelle est au réformisme : il faut tout changer, tout transformer, tout rénover... Tout le monde nous parle de réformes nécessaires, de rénovation, comme si notre société était entrée dans une grande période de refondation, de chambardement, où tout ce qui constitue le vieux modèle est bon pour la casse. Aurions nous donc vécu si longtemps dans un innomable merdier pour qu'il soit si urgent de tout réformer ? C'est ce qu'on voudrait nous faire croire. Il ne passe pas un jour sans que l'actualité ne nous parle de grands chantiers où chacun y va du sien pour changer d'image, de nom ou de méthode, pour inventer de nouveaux systèmes ou de nouvelles règles, tout en jetant à bas deux siècles d'acquis...


Chaque parti change son appelation pour refourguer à la décharge les valeurs qui ont fait son histoire. Et plus les noms changent, plus ils se troquent contre du flou et perdent leur sens : quand l'Union pour la Démocratie se transforme en vague Mouvement Démocratique, le Rassemblement pour la République devient une Union pour un Mouvement populaire... Ce qui nous reste, c'est l'idée de mouvement, donc on a la sensation que ça bouge et c'est tant mieux, parce que ce qui ne bouge pas est considéré comme réactionnaire. Comme quoi, un nom ça peut changer toute une vision des choses. Pourtant, qu'on ne se leurre pas, ces prétendus "mouvements" gardent les mêmes idées : réactionnaires ! De l'autre côté, s'il n'a pas encore changé de nom, il y en a un qui n'attend que ça et réunit en son sein de jeunes loups prêt à réformer : le Parti Socialiste. Et à droite comme à gauche, on recrute des nouvelles têtes au profil de jeunes cadres dynamiques, ambitieux et agressifs, qui apportent à la politique un nouveau sang, un sang chaud. Ils en veulent et ne le cachent pas. On les appelle tantôt "Réformateurs", tantôt "Rénovateurs". Nourris au libéralisme, ils n'envisagent plus l'alternative, mais au contraire sont adeptes de la croissance, ce grand mythe du "toujours plus" qui est censé nous apporter le bien-être. L'argent est leur Dieu, le libéralisme est leur religion, la croissance est leur guide. Et nous, pauvre public consentant, on consomme et on en redemande !


Les politiciens utilisent la phraséologie du "tous pourris" et tout le monde s'en réjouit, alors que finalement les pourris ce sont eux. De toute façon on n'est pas à une contradiction prêt : les ouvriers achètent des actions et quand ils sont licenciés ils se battent uniquement pour l'indemnité, tout le monde critique la Fonction Publique qui nous fait vivre et on plebiscite pour la présidence un homme qui représente le modèle de société que nous avions refusé en votant NON au traité de constitution européenne. Les réformistes de tous bords nous l'ont d'ailleurs suffisament reproché : ceux qui ont voté NON ont été et seront à jamais considérés comme d'affreux rétrogrades. On a même vu les soit-disant socialistes cracher sur ceux qui ont voté non. Mais qu'avait-il de social ce projet de traité ? Rien, mais là n'est pas le plus important, car ce qui comptait c'étaient les transformations qu'ils apportait. Tout changement est bon à prendre, toute réforme est bonne à gober. Et toutes les grands-mères de France vous le diront : "il faut que ça change !"


Avancer, il faut avancer. Nous sommes comme les petits soldats de plomb d'une armée sans commandement, nous allons de l'avant sans savoir ce qui nous attend. Peu importe ce qu'il y a devant, puisque nous quittons ce qu'il y avait derrière. Et aujourd'hui avancer c'est produire plus, travailler plus, consommer plus... et pourquoi pas polluer plus. On court au trou, car à force d'avancer tout s'épuise. Ca me rappelle une chanson bien connue d'Alain Souchon :



On avance, on avance, on avance.
C'est une évidence :
On a pas assez d'essence
Pour faire la route dans l'autre sens.
On avance.
On avance, on avance, on avance.
Tu vois pas tout ce qu'on dépense.
On avance.
Faut pas qu'on réfléchisse ni qu'on pense.
Il faut qu'on avance.


Mus par cette idéologie du progrès, du développement perpétuel, nous battons chaque jour des records, nous explosons toujours plus le plafond des statistiques, usons la corde qui retient notre chute et finirons par initier la plus grande crise économique et sociale qu'aie connu l'histoire humaine. Ne serait-il pas temps de cesser notre crise de réformite et de construire un système viable sur la base de ce que nous a enseigné l'histoire ? Si le capitalisme à visage humain est impossible en raison de la croissance sur lequel il repose, celui du socialisme reste à parfaire, en reprenant là où Gorbatchev l'avait laissé en 1991. A condition de laisser à la porte nos préjugés à l'encontre de cet idéal de société.


Ce n'est pas en donnant chaque année un nouveau nom à la gangrêne qu'on sauvera l'homme de ses plaies.



Un site qui fait le décompte de la dette publique française : www.nirgal.com/wakeup/dette
par Crixus Nada publié dans : Analyses
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