
La Russie d'aujourd'hui est faite de mystères et d'interrogations,
d'incertitudes. Dans les villes, les gens accèdent au confort, ont chez eux le matériel electroménager moderne (machine à laver, frigo, four et micro-ondes, parfois lave-vaiselle), la télévision,
la radio, le téléphone, l'aspirateur, internet, bref tout ce qui est censé être indispensable à l'homme d'aujourd'hui, mais ils restent relativement à l'eccart de la vérite, de la critique et de
l'expression libre.
Ce n'est pas criant, mais on le voit lorsqu'on
entre dans leurs magasins de livres, dans leurs bibliotheques, lorsqu'on regarde leurs livres de classe ou lorsqu'on suit les informations... Ici, tout ce qui se passe dans le paysage public se
fait sous l'egide de "Edinaya Rossia" (Russie Unie) le parti de Poutine : la construction d'infrastructures publiques et de logement, les fetes, les evenements sportifs... Qu'en est-il des autres
partis ? C'est simple, les deux seuls qui se laissent voir sont "Spravedlivaya Rossia" (Russie Juste), le parti fantoche dirige par un ami de Poutine, Sergueï Mironov, et censé incarner
l'opposition, et épisodiquement le KPRF (Parti Communiste) qui ne subsiste comme second parti que parce qu'il bénéficie du respect conservé à l'égard du passé. Il en existe au moins 3 autres,
mais les russes ne connaissent meme pas leur nom, puisque partout on ne voit que les deux premiers. Les journaux télévisés ne mentent pas, mais omettent simplement de dire ce qui gêne le pouvoir
(J'en veux pour exemple le cas de l'attaque du village de Komsomolskoe en 2000 pendant la seconde guerre de Tchétchénie : ce village a tenu tête aux forces spéciales russes avant que Poutine
n'anonce une amnistie pour les combattants tchétchènes qui se rendraient. Sur les 200 combattants qui se sont rendus ce jour là, la télé n'a évoqué la redition que de 70 d'entres eux. Les autres
sont morts après avoir été torturés... La télé n'a pas menti, mais a seulement omis d'évoquer tout ce qu'elle aurait dû) , et puis chaque jour on y voit Poutine hyperactif et fort, faisant part
de ses vues avec gravite assis a son modeste bureau du Kremlin... Que dire de plus ? Les russes savent qu'on les duppe, ils detestent les "bagati" (riches) qui les spolient, mais leur voix n'est
jamais entendue. On voit pointer du nez leur frustration et leur colere lorsqu'ils sont directement
humilies, comme j'ai pu le voir lors de la fete pour les 1000 ans de la ville de Yelabuga : dans toute la region on a annonce a renfort de trompettes le programme
de cette fete, alors j'y suis allé aussi. Une fois arrivé sur place, police partout et un cortege de grosses voitures aux vitres fumees transportant Mintimer Chaimiev (president du Tatarstan et
grand ami inamovible de Poutine) et des delegations de deputes de toutes les republiques. Mais arrives sur les lieux de la fete, des centaines de gens stagnent : le peuple. Pour les empecher de
passer : les soldats. La fete est sur invitation, reservee aux invites des delegations du "peuple". Et aux infos locales, on montre le succes de cette grande fete populaire... sans le peuple !
Mais devant les soldats, les simples gens laissent exploser leur colere, menacent de bloquer les voitures officielles, avec leurs enfants a bout de bras. Ils sont peu a oser la menace, mais
beaucoup ralent, se plaignent a haute voix. Je l'ai appris : le peuple russe est conscient de son oppression. Paradoxalement, il apprecie quand meme Poutine. Ca ne s'explique pas. Peut etre le
syndrome de Stockholm...Aucun commentaire pour cet article
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