Influencée par l'absence d'impact médiatique réel et par notre propre pessimisme, notre lutte se dépolitise. On cherche sans cesse à créer des nouvelles formes d'expression, en accord avec la
tendance actuelle qui consiste à croire que tout ce qui a échoué ou tout ce qui vient du passé est a jeter. La réformite sociale-démocrate, c'est à dire l'idée que tout est à réformer, a atteint
même les milieux militants les plus radicaux.
A travers ce credo, c'est l'ignorance des luttes passées qui s'affirme : les militants ne s'inspirent pas des luttes passées pour construire les luttes présentes, estimant que si elles ont
échoué, c'est parce qu'elles étaient archaïques. Mais c'est une erreur fondamentale : si elles ont échoué, c'était déjà à cause de cette frange modérée de la contestation, qui a tout fait pour
pacifier et rationaliser les revendications ! Si aujourd'hui la lutte est si faible, c'est parce que le travail de sape par les partis institutionnels (qui ne vivent pas de la contestation du
système, mais de la pérennité de ce système) l'a emporté : la grande majorité des contestataires est persuadée qu'il y a dans la modération un élément de crédibilité, que la lutte ne peut gagner
que si elle ne gêne pas trop la majorité silencieuse et asservie.
Le résultat de cette agonie de la contestation est la suivante : malgré une grande majorité de mécontents vis-à-vis du système, la minorité contestataire active est de plus en plus isolée. Ce
n'est pas que les gens soient moins révoltés, c'est simplement qu'ils sont devenus fatalistes, qu'ils ont été acquis à l'égoïsme par l'accès au confort et que la contestation, dans son ignorance
des luttes passées, est devenue incapable de se structurer ! On ne sait plus comment s'organiser, on ne sait plus comment s'affirmer, on refuse les leaders, on rejette la passion... Mais
sincèrement : qui peut croire qu'une transformation intégrale de la société puisse être autre chose que passionnée et passionnelle ??
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