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"L'humanité est devenue assez étrangère à elle-même pour réussir à vivre sa propre destruction comme une jouissance esthétique de premier ordre", Walter Benjamin dans "Essais"
Dimanche 20 mai 2007
limonov2-19918-.jpgLes idées véhiculées par un parti sont bien souvent conditionnées par le contexte politique dans lequel elles se développent. Il n'est pas rare d'ailleurs que les partis s'inspirent des passions populaires pour construire leur programme politique. Et il est évident que le contexte politique influe sur ces passions, car les émotions qu'il suscite sont ce qui rend la société vivante : révolte face aux injustices, jalousie face aux privilèges, amour face à la bonté...


Dans un contexte de société capitaliste libérale poussant à l'individualisme, le terreau des idées est bien souvent celui de l'identité, de l'appartenance, car dans un système oppressant et oppresseur, la personne a besoin de se sentir protégé au sein d'un groupe, d'une communauté. Ce besoin de sécurité explique les dérives communautaristes ou identitaires (individualistes) que connait notre monde actuel sous le régime capitaliste. Et si aujourd'hui il devient de plus en plus difficile de savoir à quel groupe, quelle catégorie sociale on appartient, le repère sécurisant le plus fréquent reste encore et toujours 8.jpgla "nation". La nation englobe une population et le territoire qu'elle occupe. Et même si les frontières sont artificielles, même si la notion de population est totalement imprécise, l'homme s'en fiche et exige la nation pour pouvoir se donner une appartenance : "je suis français, je suis né en France". Cela permet de ne pas avoir à se construire une identité propre à partir de sa personnalité et de ses affinités, travail sur soi qui demande beaucoup d'effort et apporte souvent des doutes.


Plus le capitalisme oppresse, plus le libéralisme individualise, plus l'homme s'individualise.


Lorsque l'homme exprime sa vision du monde, c'est bien souvent à partir de son identité. C'est ce qu'on appelle l'ethnocentrisme. Quand en tant que français j'analyse la situation politique russe, je me place du point de vue de la France, des intérêts du groupe auquel je pense appartenir. Pour la plupart des gens, ce groupe est souvent la nation.

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Donc voila, lorsque le système capitaliste parvient à son aboutissement, c'est à dire la dictature de l'argent, et que le libéralisme individualiste provoque le règne du plus fort, c'est à dire de celui qui possède l'argent, la loi qui prévaut est celle de la jungle, donc de la violence. Pourquoi ? Parce que celui qui n'a pas l'argent, donc la force politique, n'a plus que sa révolte face à son impuissance. Cette révolte ajoutée à l'impuissance donne naissance au radicalisme. Et alors qu'est-ce qui est susceptible de redonner de la puissance ? Le groupe auquel on appartient. Si ce groupe, c'est la nation, alors le radicalisme devient nationaliste.


Plus le système capitaliste provoque l'impuissance de l'homme, plus sa contestation sera radicale, plus violente.

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L'EXEMPLE RUSSE
L'exemple russe est pour cela très instructif. En Russie, toute personne avisée sait que la démocratie est un leurre, et ceux qui prétendent le contraire sont des gens malhonnêtes. Mais contrairement à ce que l'on dit en occident, ce n'est pas une dictature de type classique. C'est une dictature purement capitaliste, c'est le résultat final de la logique ultra libérale :
Après que Gorbatchev aie tenté de démocratiser véritablement la société russe suite à la chute des blocs, Eltsine est arrivé pour donner des pouvoirs politiques à ceux qui avaient profité de la chute de l'URSS et de la perestroïka (réforme de fond de l'économie russe par Gorbatchev). Ceux-là sont ceux qu'on appelle les "nouveaux riches", les oligarques, jeunes génération d'entrepreneurs qui ont construit leurs empires financiers pendant les années 1990. Parvenus au pouvoirs avec Poutine, ces hommes ont pris les rênes de la politique, ont corrompu l'administration avec leurs fortunes personnelles et se sont employé à réduire les pouvoirs démocratiques donnés au peuple par Gorbatchev. Les médias libres ont été rachetés par eux, les associations ont été muselées au fur et à mesure, puis les modalités de vote ont été trafiquées pour qu'il soit possible de créer des faux partis (ex : "Russie Juste" de Mironov, partisan de Poutine). Aujourd'hui la Russie est le règne des oligarques, qu'il est commode d'appeler maffia pour cacher la réalité du pouvoir politique (la maffia est indépendante du pouvoir, elle achète le pouvoir, mais ne le détient pas) et son système économique est la perfection ultra-libérale. N'oublions pas que la Russie fait partie du G8, qu'elle négocie son entrée à l'OMC, qu'elle vit de son pétrole et de son gaz, que son système est 01.jpgpurement capitaliste. Un dictature de type classique est dirigiste, son économie est souvent planifiée, ce qui n'est pas le cas de la Russie !


LA CONTESTATION EN RUSSIE
La société civile russe, dominée par l'impuissance, la colère face à l'injustice et la jalousie face aux privilèges, n'a pas de réelles forces d'opposition au pouvoir. L'influence des partis d'opposition est quasi nulle, leurs suffrages aux élections sont représentatifs de leur manque d'emprise sur la population. Si la contestation est peu visible, la révolte est pourtant omniprésente : le peuple déteste les oligarques et ne veut plus de son système.
Parallèlement, le peuple est entièrement façonné par des médias à la botte du pouvoir, qui véhiculent une idéologie consumériste et individualiste typiquement capitaliste, et a dans les grandes villes la possibilité d'acceder au confort (télé, Internet, réfrigérateur, four, micro-ondes, lave-va9.jpgisselle, lave-linge...). Les campagnes meurent de faim et de misère. Or les grandes villes sont les centres névralgiques de la politique, donc si leur population est bercée par le confort et l'illusion d'une amélioration de la vie, la contestation disparait. Et pourtant, ce confort est la plus grande illusion qui soit, car parallèlement les conditions et horaires de travail, les pensions et aides, les services, la liberté d'expression, la liberté de la presse, la justice, sont dans un état avancé de décrêpitude.
La conséquence de l'individualisme véhiculé par les médias, ajouté à la dureté de la vie, c'est très clairement le nationalisme, la xénophobie. Si les gens n'exprimeront pas tous le rejet des autres, la plupart s'accordera pour dire "je n'ai pas besoin d'eux". De l'individualisme libéral à la xénophobie, il n'y a qu'un pas.


20.jpgCe pas, une grande partie de la Russie l'a franchit. Et le nationalisme russe, qui est fier de son passé, comme toutes les formes de nationalisme, cultive le paradoxe d'une nostalgie du communisme ! Donc le nationalisme russe est par essence communiste. La contestation du capitalisme reprend les valeurs communes au communisme et au fascisme. Voila comment a pu naître un parti aussi étonnant que celui présenté sur ces photos : le Parti National Bolchévique, qui a clairement repris le drapeau nazi, défile bras levé avec des brassards, en tenue paramilitaire noire et prône un nouvel ordre mondial...


Et ceux qui en occident se croiront protégé de cette dérive fasciste, j'ai envie de leur répondre qu'ils ne savent tirer aucune leçon du passé et n'ont toujours pas compris que le fascisme est une conséquence logique du système capitaliste libéral, mêlant oppression et individualisme. Et ce n'est pas en réprimant la contestation fascisante qu'ils éradiqueront le fascisme, car tant que le capitalisme em-7428.jpgxistera et plus la répression se fera féroce, plus la révolte ira grandissante et le sentiment nationaliste se renforcera.


Intéressez-vous au progrès fulgurant des partis d'extrême-droite aux élections partout en Europe.
Intéressez-vous aussi au passé de nos politiciens libéraux au sein de groupuscules d'extrême-droite (Occident) ou à leurs amitiés (Berlusconi, Bush...).
Intéressez-vous aux discours de nos politiciens libéraux sur la "nation", "l'identité nationale", sur les "parasites" de notre société (assistés, fainéants), sur la génétique (gêne de la dépression, de la délinquance, de la pédophilie)...


Le fascisme est INHERENT à la société capitaliste libérale !



Pour la route, une petite photo du leader du parti national bolchévique Edouard Limonov avec... Jean-Marie Le Pen !

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Dans la villa de JM Le Pen, Paris, 1992.

nbp-info.ru/
par Crixus Nada publié dans : Analyses
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