Enron, c'est un géant de l'énergie née en 1985 de la fusion de Internorth of Omaha et Houston Natural Gas. Il ne tarde pas à devenir l'une des plus grosses compagnies de l'énergie au
monde, présentant un chiffre d'affaire de 140 milliards de dollars, et se lance bientôt dans les produits dérivés de l'énergie avec le soutien et la bénédiction d'hommes politiques (pratique
courante et non officieuse aux Etats-Unis où le lobbying est légal et institutionnel).
Le but premier de la multinationale gazière sera alors d'
attirer les actionnaires pour augmenter le capital de l'entreprise. Son président Kennet Lay et les autres dirigeants vont donc
créer plus de
3000 sociétés offshores (offshores peut désigner soit des prospection sur plate-forme en mer, soit dans le jargon financier, le placement des capitaux à l'étranger dans des
paradis fiscaux bien souvent, pour faire du bénéfice) qu'ils vont présenter aux actionnaires comme leurs fournisseurs. Les sièges sociaux de ces sociétés sont aux îles Caïmans, dans les Bahamas
ou les Bermudes. Le but réel de cette manipulation consiste à
disperser les acquis frauduleux d'Enron et cacher l'ampleur de sa dette, tout en donnant l'illusion du succès de l'entreprise.
D'autre part, comme avec la Compagnie des Indes en 1719, l'entreprise lance une
campagne de propagande pour leurrer les actionnaires en présentant le faux boom économique de
l'entreprise.
Mais, alertée par des actionnaires soupçonneux, la Securities and Exchange Commission (SEC :
www.sec.gov/) ouvre une enquête sur les comptes d'Enron et découvre
le pot aux roses :
la comptabilité du géant gazier gonfle les chiffres des ventes et des profits pour retirer les mauvaises nouvelles du bilan, c'est à dire que pour cacher l'ampleur de sa
dette Enron présente des bénéfices largement supérieurs au déficit. Pour ses basses oeuvres, Enron utilise la logistique comptable du
géant de la comptabilité Arthur Andersen (www.arthurandersen.com/), qui effectue de faux audits et publie pour lui les faux comptes à l'attention des actionnaires, afin de les mettre en confiance
et inciter à l'investissement.
"A ma connaissance, il n'y a rien d'illégal dans ce que nous avons trouvé" dira le directeur d'Arthur Andersen Joseph Berardino, affirmation qui exprime très
clairement l'étendue de la corruption légale dans le monde des affaires !
Quelles sont les conséquences ? Le 2 décembre 2001, la société dépose le bilan dans les six semaines qui suivent la révélation du scandale, c'est la plus grosse faillite de l'histoire
entrepreneuriale des Etats-Unis, qui entraîne dans sa chute le cabinet d'audit Arthur Andersen et ses filliales à l'étranger. 5000 salariés d'Enron sont mis à la porte et des
centaines de
milliers d'épargnants qui avaient placés leurs fonds de pension (économies pour leur retraite)
sur les actions d'Enron (2/3 des actifs boursiers de la firme)
voient leur
capital-retraite balayé d'un seul coup. Ses dirigeants sont condamnés, Jeffrey Skilling a 24 ans de prison, Ben Glisan à 5 ans, Andrew Fastow à 10 ans, tandis que Kenneth Lay meurt d'un
infarctus avant sa condamnation.
Alors voila, rien ne semble avoir changé depuis le système Law, les méthodes financières des multinationales sont toujours les mêmes et sont rentrées dans la normalité, je dirais même dans la
légalité comme l'a si bien exprimé le PDG d'Arthur Andersen.
Il est également intéressant de constater les différentes versions de l'affaire selon qu'on lise les sites américains ou les sites français : aux Etats-Unis, ceux qui ont effectué de faux audits
sont considérés comme victimes de la mauvaise gestion comptable...
Beaucoup croient encore à l'utopie d'un monde des affaires "moralisé", chimère d'une époque qui confie béatement son avenir à des fanatiques de la courbe statistique !
NOTA BENE :
- Enron existe toujours, mais a changé de nom : ENRON CORPORATION est devenue ENRON CREDITORS RECOVERY CORPORATION. Sans commentaire.
- Comme directeur associé de Arthur Andersen en France (siège social à Neuilly) de 1981 à 1982 et de 1997 à 2002, on trouve notre nouveau ministre des Comptes, du Budget et de la Fonction
Publique, Eric Woerth. Sur son CV, pour ces dates il est mentionné "Directeur associé dans un grand cabinet international", mais le nom Arthur Andersen n'apparait pas...
Voir ici son nom sur le site des anciens d'A.A. : www.lesanciens.fr/search/search.asp
www.lesanciens.fr/
fr.wikipedia.org/wiki/Andersen_(soci%C3%A9t%C3%A9)
fr.wikipedia.org/wiki/Enron
www.wsws.org/francais/News/2002/fevrier02/29janv02_enron.shtml
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