C'est l'impasse. Lorsqu'on regarde la contestation actuelle, on ne peut que constater avec peine qu'elle s'enlise dans l'incurie, que plus personne ne sait comment s'y prendre pour faire entendre la voix de la révolte populaire. On accumule les AG vides, on remplit les murs d'affiches ignorées, on ressasse des slogans qui n'ont aucune histoire. On assiste à la mort lente de l'histoire militante, ceux qui se prétendent militants ne savent rien des luttes de leurs aînés et préfèrent jurer sur les vieux ouvrages révolutionnaires qu'ils n'ont même pas lu et ne sauraient pas résumer.
Le néo-militant ignore les forums sociaux, les journées d'information, se détourne de la culture populaire et militante, préfère bien souvent les soirées entre copains où le haschich et la bière sont devenus les rois. On crache sur les colloques, on se fout des sommets de contestation, mais on raffole des festivals et autres manifestations où la cuite est le summum du divertissement. Mais la musique qu'on écoute est au militantisme ce qu'un certain rap est à la révolte des banlieues : un exutoire et des slogans préfabriqués, une sous-culture de la violence gratuite et de la vulgarité.
Quand il s'agit de parler de luttes, le néo-militant y voit là encore une façon d'exprimer sa colère face aux pions du pouvoirs que sont les flics, mais sans jamais atteindre le vrai pouvoir. On lutte pour lutter, sans savoir ce qu'on revendique. En général, on se bat contre tout ce qui vient d'en haut, on conteste l'autorité, le pouvoir, les dominations, l'Etat, l'argent, la télé, mais on reste esclave de son téléphone portable et on est incapable de définir l'idéal de société qu'on prétend défendre. Demandez au néo-militant de vous décrire le modèle de société qu'il désire, il vous répondra spontanément : autogestion ! Demandez-lui comment il voit l'avenir, il vous criera fébrilement : libre ! Mais derrière ça, l'argumentaire est pauvre, les références littéraires fondamentales sont absentes et la vision d'une société meilleure totalement floue. Il vous citera avec aplomb la dernière chronique de son magazine libertaire ou une citation découverte dans un tract de sa section syndicale, et jurera fidélité à un syndicat auquel il n'a même pas pris sa carte !
Je vous le dis, la lutte est pauvre de militants et orpheline de la volonté. Il lui manque la connaissance de sa propre histoire, il lui manque également le jusqu'auboutisme et le détachement des choses matérielles.
Que faut-il faire ?
Je crois qu'il faut absolument construire un Comité avec un nouvel esprit, une nouvelle conception du mouvement social. Je me propose d'en jeter les bases dans les deux ans à venir…
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