Je milite donc je suis, ou plutôt je milite, donc je pense... Et quand je pense alors que je milite, je pense souvent à ceux qui militent sans penser. Qu'est-ce que j'en pense ?
Il y a chez nos militants actuels une incroyable peur à l'idée de se montrer, de parler fort, de porter haut leurs idées, sans cesse paniqués à l'idée d'être écoutés par une éventuelle cinquième colone de RG qui serait planquée là quelque part parmi eux avec micros, caméras et bippeurs. Comme une sorte d'espions machiavéliques et sournois, les RG observent, notent, traquent, fichent et enregistrent la couleur des cheveux et des habits, la longueur des cheveux, le ton de la voix. Peut-être est-ce une race qui a la faculté de prendre l'apparence de n'importe quel étudiant, sorte de caméléon bleu marine à l'intérieur. Et aussi, ils lisent ce qu'on écrit, ont même déjà lu tout le texte qu'on n'a pas encore fini d'écrire. Ils lisent les tracts qu'on distribue depuis un satellite ou dans le reflet de nos lunettes avec un télescope... Il faut s'en méfier comme la peste, alors on met des croix sur les visages des militants inconnus, sur ceux qui ne fréquentent pas le local de l'asso tous les jours, ne partagent pas le café-cloppe militant du quart d'heure syndical ou alors sur ceux qui suivent la manif en silence... Pour ne pas être soupçonné, il faut avoir l'allure du militant, aimer la bière et ne pas se laver les cheveux, fumer des roulées et gueuler des slogans du registre populaire. Bientôt, celui qui prendra sa carte au syndicat sera un suspect en puissance : faire de l'entrisme d'accord, prendre sa carte, c'est être bureaucrate !
Et puis en manif, quand les RG sont vraiment omniprésents, alors là on ne se cache pas, parce que l'anonymat est suspect. "C'est vrai ça, qui t'es sous tes lunettes noires ?" On ne prend pas d'images et on ne filme pas, ça ne se fait pas, c'est le privilège du RG d'aimer l'art-et-essai ! Alors les militants prennent la mouche, s'énervent, menacent de briser l'appareil. C'est ça être radical ! Mais alors quand les CRS arrivent, le radical court vite, il bat des records de vitesse : il a vu du bleu au bout de la rue, le tube d'un flash-ball, alors assez rigolé, il faut se replier. Quand bien même les flics sont dix, il ne faut surtout pas s'approcher. C'est vrai, ça mord à distance les CRS... Alors finalement, pourquoi craignent-ils les images, puisqu'ils ne font jamais de mal à la police ? Je crois que c'est la gardav qui les traumatise : passer 24 heures dans un commissariat, ça c'est la vraie misère ! Et puis avoir un casier, c'est pas sympa pour les parents, ils ne seront pas contents. Plus de mp3, plus de télé, une journée de moins dans le canapé...
Alors voila, au bilan le militant ne prépare rien en AG de peur d'être observé et une fois arrivé en manif, c'est le bordel, tout le monde s'étonne qu'il n'y ait ni objectif ni cohésion. La peur des militants tue le militantisme !
Eh militant ! tu ne trouves pas que tu l'as mérité ton Sarko !?
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