C'est l'éternel débat des activistes que de savoir si l'usage de la violence sert la cause ou la décrédibilise. Il n'est pourtant pas de débat plus biaisé que celui qui vise à moduler les
passions pour les rendre plus acceptables par une majorité qui n'est de toute façon pas acquise à la cause.
La violence est inhérente à toute force populaire qui ne peut se faire entendre par d'autres moyens et exprime par elle-même la nécessité de répondre à l'indifférence des dirigeants d'une façon
radicale. La personne qui hésite à user de violence ou qui cherche à aténuer celle des autres est en réalité plus soucieuse de sa propre sécurité que de la crédibilité du combat qu'elle prétend
mener. Cette hésitation est le privilège égoïste de l'Homme instruit et déjà emprisonné dans un confort qu'il se refuse à sacrifier pour une cause : la peur de perdre le confort sécurisant (ou la
sécurité confortable) qu'on a acquise est le signe même d'un premier renoncement à la lutte.
Qui peut prétendre mener une lutte de refondation en faveur d'un système nouveau sans mener parallèlement une lutte de déconstruction du système existant ? La lutte pacifiste n'est-elle pas
inhérente au combat des réformistes et autres légalistes qui pensent pouvoir changer la constitution du système présent par la formulation de réformes s'inscrivant dans la législation en vigueur
?
Il n'est pas question ici de défendre la loi du Talion, loi inique de la nature qui consiste à rendre coup pour coup ce qu'on a subit et justifierait en définitive la peine de mort pour punir le
meurtre. La violence ne doit pas être constituée en réponse à la violence que nous inflige le système. Oui, car le système exerce sans hésitation une violence quotidienne envers les
peuples, par l'exécution de pratiques illégitimes et inhumaines : licenciements collectifs et arbitraires menant au chômage, prêts avec intérêts menant au surrendettement, pollution
environnementale provoquant la maladie, pour n'en citer que quelques uns. La violence est l'expression naturelle d'une colère légitime.
Le problème inhérent à notre société occidentale est celui de l'inhibition des passions. Depuis la dernière guerre, nous avons admis pour logique la restriction et l'abolition progressive de nos
passions jugées comme étant source du mal. La raison est portée aux nues et érigée en garantie fondamentale de la paix et de la cohésion sociale. Mais c'est ignorer la valeur créative des
passions ! Car les passions, plus que la colère, la folie ou la haine, c'est aussi l'amour, la joie et la foi. Les passions sont source de progrès, voire unique source de progrès, car elles
conditionnent l'initiative personnelle (et non privée!) et permettent d'aller au delà du raisonnable pour atteindre l'excentrique. La musique, la peinture, l'architecture (si elle n'est pas
pensée dans une optique fonctionnelle), le sexe ou la littérature, sont l'expression-même des passions et ne pourraient être atteints avec la raison.
La solution ne peut se trouver dans l'abolition des passions comme cherchent à le faire les forces réactionnaires et conservatrices de la droite, mais dans un équilibre juste entre les passions
et la raison qui nous habitent. Dans le cas de la violence, il est essentiel de savoir contre quoi on la dirige.
C'est en cela qu'il faut absolument exercer une violence qui soit ciblée et contrôlée par l'ensemble du mouvement social, contre des objectifs symboliques et non les biens de personnes qui ont
peut-être elles aussi souffert pour se les approprier. Et quand bien même on est contre la propriété privée, il est essentielle de tenir compte des personnes qui y sont encore attachées, car la
violence à leur encontre engendrera la violence en sens inverse.
Les cibles et la méthode d'action doivent être prédéfinies et communiquées aux masses.
La violence doit être réhabilitée...
Voir ici cette brochure du Black Bloc, à lire sans présupposé :
Commentaires Récents